samedi 3 avril 2010

Théorie du mariage (A. Debay, 1848)


« D'après l'expérience des anciens et des modernes, il est reconnu que l'époque la plus favorable au mariage et à ses fruits est, en général, de vingt-cinq à quarante ans pour l'homme, et de dix-huit a trente ans, pour la femme. On appelle précoces les unions faites avant ces âges, tardives celles qui se contractent après, et disproportionnées les unions dans lesquelles l'âge de l'un des contractants dépasse de beaucoup celui de l'autre.

Mariages précoces. — Les parents sont doublement coupables de marier leurs enfants avant le complet développement du physique; d'abord parce que les jeunes gens, emportés par la fougue de leurs désirs, se fatiguent et s'énervent au milieu d'embrassements trop multipliés; ensuite parce que leur progéniture se ressent de cette précocité et de cet épuisement, ce qui est un malheur pour la race. Après l'épuisement qui succède aux pertes vénériennes, la satiété arrive; bientôt les jeunes époux se dégoûtent l'un de l'autre, ou se voient avec indifférence et vont chercher dans l'inconstance l'aiguillon qui doit réveiller leurs désirs émoussés.

Mais c'est particulièrement pour la femme que la précocité dans l'union sexuelle est plus fâcheuse. Par cette précipitation coupable des parents, la jeune fille reste en arrière du complément de ses forces qu'elle était sur le point d'acquérir. Sa taille et sa gorge sont défigurées ; sa matrice, qui n'a pas acquis le volume nécessaire, ne saurait contenir un fœtus d'un certain volume, ni lui fournir tout ce qui doit servir à son parfait développement. Enfin, la faiblesse des ligaments suspenseurs de ce viscère, le peu de diamètre du bassin et l'étroitesse du passage que l'enfant doit franchir sont des causes bien souvent funestes à la mère et à son fruit. En effet, comment une jeune fille dont l'organisation est encore incomplète pourrait-elle donner le jour à un être complet ? Aussi n'est-il point rare de voir les victimes de l'union précoce succomber à la suite d'accouchements laborieux, ou traîner plus ou moins longtemps une vie languissante dans un corps délabré.

Mariages tardifs. — Les organes génitaux de l'homme, à quarante-cinq ans, et ceux de la femme à \ trente-cinq, n'ont plus la vitalité, la vigueur dela jeunesse. L'énergie vitale, restée stationnaire pendant les dix années qui viennent de s'écouler, commence à diminuer sensiblement. Nous parlons en général ; car, selon la constitution, le tempérament, la santé, la bonne conduite ou les déréglements, etc., etc., l'époque de cette décadence arrive plus tôt pour les uns, plus tard pour les autres. Alors les érections de l'homme ne sont plus aussi complètes, aussi soutenues ; le fluide séminal n'est plus sécrété aussi abondamment ni lancé avec autant de force, et peut-être même a-t-il perdu un peu de ses qualités viriles. Quoique le corps soit bien portant, les appétits vénériens ne sont ni aussi fréquemment ni aussi impérieusement ressentis ; ce n'est plus l'instinct qui parle, c'est l'imagination.


Les mêmes phénomènes se passent chez la femme, hormis les exceptions ; l'amour physique n'exalte plus son cerveau ; le besoin du rapprochement sexuel ne l'aiguillonne plus, et les désirs amoureux, si parfois ils naissent, ne sont qu'un pâle reflet des transports d'autrefois. La plupart des femmes de trente-cinq à quarante ans ont pris de l'embonpoint, et l'on sait que l'embonpoint est un signe de décadence génitale; aussi les femmes de cet âge ne songeraient que rarement au coït, si leurs maris ne réveillaient par des caresses la partie qui sommeille. En résumé, aux âges précités, les organes génitaux de l'un et de l'autre sexes ont perdu considérablement de leur ardente vigueur de vingt-cinq ans.

D'après cet exposé, on conçoit facilement que les fruits provenant des mariages tardifs doivent être moins vigoureux,moins beaux, que ceux des mariages contractés dans la force de l'âge. Du reste, les faits prouvent mieux que les meilleurs raisonnements et l'on ne saurait nier que la plupart de ces êtres chétifs de l'un et l'autre sexes qui promènent, dans les grandes villes leur santé chancelante, ne reconnaissent d'autre cause de leur constitution débile que celle d'avoir été engendrés par des parents âgés.

Mariages disproportionnés. — Ces unions, ordinairement tristes et immorales, que devraient défendre les lois, sont toujours préjudiciables a la santé du plus jeune et à la constitution des enfants, s'il y a progéniture. Les jeunes gens que l'appât de la fortune pousse à se marier avec de vieilles femmes épuisent promptement leur vigueur, lorsqu'ils ont affaire à ces femmes déja sur le retour, mais insatiables de luxure, et dont la partie génitale est une fournaise qui dévore tout. Les jeunes femmes unies à de vieux libertins se fanent de bonne heure, soit parce qu'elles s'abandonnent avec répugnance à la lubricité de leurs époux, soit parce que le vieillard se rajeunit au détriment de leur fraîcheur ; et, si par hasard la conception a lieu, qu'attendre d'un être procréé en de telles conditions ? Tous les physiologistes sont d'accord sur ce point, qne les enfants procréés dans un âge avancé sont chétifs, doués de peu de vitalité, sujets au rachitisme, aux hémorroïdes, etc.; ils conservent même, pendant leur jeunesse, quelque chose de taciturne qui n'est point de leur âge; beaucoup n'atteignent point leur second septenaire; ceux qui résistent mènent ordinairement une vie languissante. Les lois romaines, plus sages que les nôtres, s'opposaient à ces sortes de mariages; elles avaient établi des limites d'âge qu'il était défendu de franchir, à peine de nullité de mariage et d'exil [...].»


A. Debay, Hygiène et physiologie du mariage: histoire naturelle et médicale de l'homme et de la femme mariés, dans ses plus curieux détails, Paris, E. Dentu, édition de 1866.

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