vendredi 16 avril 2010

Le travail des enfants dans les mines de charbon : l'exemple du Royaume-Uni au début des années 1840 (3e partie)


Durée des travaux. — La durée des travaux n'est pas la même dans les divers districts ; mais là où il existe des portes d'aérage, les plus jeunes enfants descendent dans les fosses avec la première corvée, et n'en sortent qu'avec la dernière. Dans les districts du Shropshire, du Warwickshire, du Leicestershire, et du sud et du nord du Staffordshire, la longueur de la journée est généralement de 12 heures, depuis 6 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir, déduction faite du temps accordé pour les repas. Dans le Derbyshire, tous les témoins s'accordent à dire que plusieurs jeunes ouvriers travaillent 16 heures sur 24, à partir du moment où ils quittent leur demeure le matin jusqu'à celui où ils y rentrent le soir. D'après d'autres témoignages, le travail effectif serait de 14 à 14 1/2 heures par journée. [...]

Dans le sud du comté de Durham, la journée de travail, dans les mines où l'exploitation est organisée sur un bon pied, n'excède jamais 12 heures; dans d'autres, les ouvriers employés au transport du charbon sont souvent occupés pendant 13, 14 ou 15 heures, et même davantage. Les travaux commencent généralement de bon matin, quelquefois dès 2 heures pour les adultes, et dès 4 heures pour les enfants. Dans le nord du comté de Durham et dans le Northumberland, la durée des travaux est généralement de 12 heures, à partir de 4 heures du malin jusqu'à 4 heures du soir. Il arrive souvent que les enfants quittent la maison pour se rendre aux mines dès 2 heures de la nuit, et que leur absence se prolonge pendant 16 heures. [...] 

En règle générale, la journée des jeunes enfants employés dans les houillères égale toujours et dépasse même quelquefois celle des ouvriers adultes; leur travail commence parfois un peu plus tard, mais alors aussi il finit plus tard. [...]

A quelques rares exceptions près, il n'est pas accordé d'intervalle pour le déjeuner, si ce n'est lorsque la journée commence à 5, 4 ou même 3 heures du matin. Les ouvriers houilleurs sont généralement accoutumés à prendre un léger repas avant de quitter leur demeure, et poursuivent leur travail sans interruption jusque vers le midi. Il y a des exceptions à cet usage, mais elles sont relativement rares.

Congés.— II n'y a pas, dans tout le Royaume-Uni, un seul exemple de repos, pendant lequel les salaires ne soient pas en même temps interrompus. Mais dans la plupart des districts, les travaux sont suspendus pendant certains jours de fête et de réjouissances publiques. Dans certaines houillères, les ouvriers ne travaillent pas le lendemain du jour où ils ont reçu leur paye... [...]

Salaires.— Les salaires des enfants et des jeunes gens employés dans les mines de houille, bien que leur taux ne soit guère en rapport avec la rigueur du travail qu'ils devraient rémunérer, suffisent néanmoins pour accroître les ressources d'un grand nombre de familles et leur procurer certains avantages qui manquent à d'autres classes de travailleurs.

L'échelle des salaires est loin toutefois d'être la même dans tous les districts houillers du Royaume-Uni. Elle s'abaisse jusqu'à 3 deniers (environ 30 centimes) pour les plus jeunes enfants, et s'élève jusqu'à 3 schellings par jour (3 fr. 75 c.) pour les jeunes gens parvenus à l'âge de 17 à 18 ans. Les relevés dressés d'après les registres de paye dans les houillères aux environs de Bradford, de Leeds et d'Oldham, offrent une sorte de moyenne des rétributions accordées aux jeunes ouvriers suivant leur âge, lorsque les travaux sont en pleine activité.


Les salaires sont payés d'ordinaire chaque semaine, le plus souvent le samedi. Quelquefois le règlement des comptes des ouvriers ne se fait que tous les 15 jours, tous les mois, ou même toutes les six semaines. Généralement, les payements ont lieu en argent ; mais dans quelques districts, les plus pauvres et les plus écartés, les ouvriers reçoivent parfois en échange de leur travail des denrées ou d'autres objets propres à leur consommation. Celte rétribution en nature offre de graves inconvénients, surtout lorsqu'elle s'établit par un compte de balance avec les boutiquiers privilégiés des exploitations. Il arrive souvent alors que les ouvriers auxquels ces marchands font des avances, tombent complètement sous la dépendance de ces derniers, et voient leurs salaires engagés pour un terme plus ou moins long, sans qu'ils puissent en détourner la moindre partie pour l'affecter à l'éducation de leurs enfants ou la mettre en réserve pour les besoins imprévus. »
 
à suivre...

Edouard DUCPETIAUX, De la condition physique et morale des jeunes ouvriers et des moyens de l'améliorer, Bruxelles, Méline, 1843, Vol. 2.

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