samedi 17 avril 2010

Appel à tous les Chrétiens en faveur du peuple d'Israël (1831)


« La fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième ont vu se former successivement des sociétés, qui poursuivent toutes, quoique sous des dénominations et par des moyens divers, un but commun, l'avancement du règne du Sauveur. Au milieu de tant d'efforts, un objet surtout a été négligé, quoiqu'il soit de nature à fixer l'attention par les motifs les plus pressants et qu'il soit d'une obligation spéciale pour les Chrétiens : c'est LA CONVERSION DES JUIFS. L'Indien, le Chinois, le Musulman, l’Idolâtre, tous ont joui, dans un temps ou dans un autre, des travaux des missionnaires; mais le pauvre Israélite a été oublié Son ignorance, sa dégradation, son éloignement du Dieu de ses pères ont à peine excité quelque pitié. Enfin, une Société s'est établie pour lai procurer les mêmes bienfaits, et l'on espère que les personnes qui considéreront l'importance de cette œuvre, ne refuseront pas de concourir à son exécution. Qu'elles veuillent donc peser attentivement les motifs qui doivent nous engager tous à tenter la conversion des Juifs.

Nous en appelons à tous les amis de l'humanité, et spécialement aux Chrétiens. La situation des Juifs est vraiment déplorable. La malédiction que leurs ancêtres prononcèrent sur eux-mêmes devant le tribunal de Pilate : "Que son sang soit sur nous et sur nos enfants", a reçu d'âge en âge la plus rigoureuse exécution. Les prédictions de leurs prophètes sur le sort qui les attendait, se sont exactement réalisées. Dispersés par toute la terre, les Juifs ont été, depuis plusieurs siècles, le rebut et le mépris du monde. Que de persécutions, de massacres, de confiscations, de bannissements, n'a pas endurés ce malheureux peuple depuis sa dispersion !

Mais si sa position temporelle est malheureuse, combien pire n'est pas son état religieux. Au lieu de la beauté et de la sainteté d'un culte majestueux, d'un temple rempli de la présence de Jéhovah, la Synagogue actuelle ne présente plus qu'une réunion de trafiquants qui vont çà et là pendant les prières publiques, d'enfants qui s'amusent à jouer, de gens dont le maintien, chez la plupart, annonce l'indifférence et le mépris ; et le Rabbin, tranquillement assis, ne donne aucune attention à ces scandales. Si tel est leur manque de respect dans le culte public, ne peut-on pas supposer qu'il en est de même dans leur culte domestique, si toutefois il n'est pas entièrement négligé ? Très peu d'entre eux ont quelque connaissance de leurs propres Écritures, et tous révèrent ce qu'ils appellent la loi orale ou la tradition de leurs anciens et les opinions particulières de leurs superstitieux Talmudistes, bien plus que la Parole de Dieu. Les prières qu'ils apprennent à leurs enfants et qu'ils adressent au Scrutateur des cœurs, sont pour la plupart une récitation de mots hébreux dont ils ne connaissent pas même la signification. Un voyageur recommandable cite un fait dont il a été le témoin oculaire, c'est que dans le pays de Maroc et de Tunis, les Juifs ont la coutume de suspendre à leurs portes une planche sur laquelle sont inscrites quelques sentences hébraïques, et sur laquelle, matin et soir, leurs femmes posent leur main droite en prononçant quelques mots appris par cœur, sans se douter qu'il faille quelque chose de plus à la prière d'un adorateur sincère. Peut-on s'étonner des progrès qu'ont faits parmi eux l'incrédulité et l'immoralité ? Plusieurs n'ont pas honte de dire qu'ils tiennent aussi peu à Moïse qu'à Jésus-Christ, et fondent toutes leurs espérances pour la vie à venir sur le déisme.

Aussi leur conduite répond-elle à leurs principes. La plupart donnent un libre cours à leur sensualité qu'ils vont jusqu'à justifier; et, par la plus affreuse de toutes les erreurs, ils pèchent par principes, soutenant, sur la foi de leurs Rabbins, que la loi de Moïse ne défend pas l'impureté. Cependant si "uni les fornicateurs, ni les adultères, ni les avares, ni les intempérants, ni les injustes, ne peuvent entrer dans le royaume de Dieu", peut-on imaginer un état d'ignorance et de péché qui doive exciter davantage la douleur et la compassion du Chrétien, surtout s'il considère que les Juifs ont des droits particuliers à la reconnaissance et à la justice des Chrétiens ? […]

Comment donc, si la compassion est un trait particulier du caractère chrétien, si l'ingratitude est un péché monstrueux, si nous devons être justes dans toutes nos actions, réparer nos torts autant qu'il est en nous ; comment ne pas sentir que c'est pour nous un devoir impérieux de faire du bien aux Juifs, surtout de travailler à leur conversion ! Jésus-Christ blâmait les Juifs de leur mépris pour les Gentils; et nous, Gentils, serions-nous moins coupables en négligeant et méprisant les Juifs ? […]

… en admettant que la conversion nationale des JUIFS ne dût pas être aussi prochaine que nous le pensons, pourquoi excepterions-nous les JUIFS des travaux que nous entreprenons pour la conversion de tous les pécheurs ? Si l'on n'espère pas sauver tous les Juifs, on peut du moins en sauver quelques-uns. Quelque éloignée que soit leur restauration nationale, rien n'empêche d'attendre des conversions individuelles. [...]

Les personnes qui désirent prendre part à la bonne oeuvre recommandée dans cet écrit, sont invitées à faire parvenir leurs dons à M. Durr, ministre du Saint Évangile, à Strasbourg, rue des Bouchers, n.° 20, ou à l'un de MM. les pasteurs dont les noms suivent :
MM. Frédéric Monod , à Paris ;
Adolphe Monod , à Lyon ;
Gardes, à Nimes ;
Chabrand, à Toulouse ;
Lissignol , à Montpellier;
Marzials , à Montauban. »

Appel à tous chrétiens en faveur du peuple d'Israël, Lyon, imprimerie de J. M. Barret, 1831.

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