vendredi 17 décembre 2010

"Cette unification [allemande] effectuée, ce sera l'âge d'or pour l'Europe" (Lubanski, 1862)


"En voilà assez que tu grandisses..." (dessin de Cham, 1870). 












« La race allemande jusqu'à nos jours est au comble de la démence, permettant qu'on la déchire en tant de morceaux ; qu'on la parque comme un misérable troupeau, autour de tant de roitelets, qui, riant dans leur barbe de cette division, continuent à tirer profit chacun de son troupeau pour leur propre compte. A l'instar des maîtres, des favoris, des courtisans, des parasites de toutes couleurs, hauteurs et dénominations, leurs familles, et à son tour, leurs favoris, courtisans, etc., en un mot une chaine de parasites, traient ces dociles vaches, auxquelles leurs superbes maîtres donnent le nom de fidèles sujets, bons sujets — par exemple — de S. M. Bavaroise, ou Hanovrienne, ou Saxonne, etc. Et comme ils sont magnanimes ces maîtres, laissant ses plus que dociles sujets supporter toutes les charges par lesquelles ils sont grevés !... […]

Autrefois la politique de la France servait à merveille les intérêts des maîtres-couronnés et mitres, gouverneurs du peuple allemand ; favorisait les délimitations des terrains occupés par la race allemande, en un échiquier politique, et il semblait pour la France un intérêt le plus évident, pour que ce bon peuple, voisin de ses frontières du Nord et de l'Est, était continuellement divisé en une quantité des petits Etats, rivaux, adversaires, même ennemis entre eux, jusqu'à tel point, jusqu'où peuvent arriver les choses humaines... Parmi les gouvernements d'Allemagne ont éclaté tant de fois des guerres acharnées : partout et toujours s'est vue la main de la politique française qui versait l'huile sur le feu, au lieu de l'éteindre ; et une pareille politique a été tenue, quelque quatorze années auparavant aussi à l'égard de l'Italie...

Aujourd'hui, la politique de l'héritier du grand nom est tout à fait opposée à celle qui prédominait jadis : aujourd'hui, à l'instar des Italiens, toutes les souches du peuple allemand, doivent chez soi retrouver leur Victor-Emmanuel, leur Garibaldi, leur Mazzini, leur Cavour ; doivent toutes s'unir pour constituer un grand Etat, dont les limites assignées par la nature-même, se présentent les plus normales: au Nord-Ouest le littoral de la mer d'Allemagne; à l'Ouest la rive droite du Rhin; au Sud les revers septentrionaux des Alpes centrales ; au Sud-Est la rive gauche de la rivière de l'Emis; à l'Est les monts de la Forêt de Bohème, la rive gauche dit Bober et de l'Oder après la jonction du premier avec le second ; et enfin au Nord les côtés de la Baltique, le chenal Eyder et de nouveau la mer d'Allemagne. Voilà les frontières véritablement naturelles et invulnérables de l'Allemagne.

A une combinaison pareille, toute l'Europe libérale et l'alliance anglo-française devraient prêter de bonne grâce leur concours efficace pour y coopérer activement, et alors personne n'aura des inquiétudes pour un tel ordre de choses dans le centre d'Europe, parce que cette combinaison évoquera des autres tant sur les rives du Rhin, que sur celles de l'Oder, qui équivaudraient une semblable agglomération de la race allemande autour de l'unique trône constitutionnel, du nouvel empereur des Allemands, des Germains ou des Teutons. C'est une allusion à la cession de la rive gauche du Rhin à l'empire français et à l'idée d'établir un autre Etat composé des pays limités par l'Oder, le Bober, les monts Carpates, le Dniestr, le Dniepr, la Duna, le golfe de Riga et le littoral de la Baltique. Cet Etat servirait de balance à l'Est pour le nouvel empire Constitutionnel des Germains, qui se priveraient de leur suprématie sur les pays Slaves. […]

A l'unification de l'Allemagne sous les auspices des Hohenzollern il ne faut pas même penser : la politique de cette maison est si titubante, si indolente, qu'il ne vaut pas la peine de s'en intéresser. Le Duc de Saxe Cobourg-Gotha, drapeau du parti libéral, a révoqué toutes ses idées et tendances libérales ; donc reste à examiner quels résultats pouvait obtenir le parti libéral allemand par l'unification des Allemands avec les Hollandais, en un empire-république sous les auspices de la maison d'Orange.

Un tel empire constitutionnel aurait de, la population seulement en Europe plus de 38 millions de citoyens, auxquels adjoignant les habitants des colonies, on arriverait au chiffre de 56 millions d'habitants. Quelles innombrables débouchés et nouveaux marchés se présenteraient aux produits de l'industrie et du commerce des Allemands, dont la flotte mercantile dépasserait celle de France; dont la flotte de guerre compterait tout d'un coup plus que 500 bâtiments des différentes dimensions et qualités, armés de quelque quatre ou cinq mille de bouches à feu. […]

De cette courte exposition le lecteur se convaincra que le statu quo en Allemagne ne doit et ne peut pas durer. Dans ce tableau c'est l'Autriche, proprement dite, qui représente l'arbre aux fruits les plus mauvais, qui doit être coupé et brûlé... Oui, le nom de cette puissance doit être rayé de la carte de l'Europe ! Toutes les provinces qu'elle a volées et qu'elle s'est adjointes, par la force, doivent recevoir leur autonomie. Le gouvernement autrichien, qui a fait fouetter et pendre en public, des femmes coupables de patriotisme, qui a fait fusiller ou massacrer des milliers de patriotes Hongrois, Polonais, Italiens ; ce gouvernement qui en ce moment aiguise de nouveau les haches de ses bourreaux pour égorger des nouvelles victimes; ce gouvernement, pour ainsi dire, excommunié par la voix de la raison, de la justice et de la révolution, ouvertement et partout prononcée, ce gouvernement doit avoir sa fin, comme le plus grand obstacle à l'unification et au bien-être de la race germanique. De même il n'y a pas de raison de conserver les noms des Prussiens, des Bavarois, des Saxes, etc. ; le glorieux nom DES GERMAINS sonne le mieux.

Cette unification effectuée, ce sera l'âge d'or pour l'Europe, parce qu'après la disparition pour toujours de l'Autriche, les champs de batailles et les gibets de ce gouvernement ne boiront plus le sang des victimes humaines. De mon côté je soutiens, de même que M. Proudhon, qu'un temps viendra où les nations, éclairées sur le but de leur destinée par une instruction répandue parmi toutes les classes de la société, qu'en ce même temps les nations réunies par la concorde, libres — par la raison et par l'influence de la concorde, fortes — en vertu de la liberté, de la concorde, et par l'obéissance aux justes lois, et enfin enrichies par la possession incontestée des produits de leur travail, que telles nations travailleront en commun au grand œuvre du bien-être général ; mais pour y arriver il faut en finir une fois avec l'Autriche, car ce sera le premier pas vers l'unification, premier degré de l'échelle récemment dessinée pour monter au temple du bien-être général.»

Henry Grimala Lubanski, La vérité sur les lettres de M.J. Proudhon, Paris, Impr. de Compositeurs-typographes, 1862.

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