mardi 12 janvier 2010

L'Aimable faubourien : origine d'une formule...


L'Aimable Faubourien fut l'une des ses innombrables et éphémères feuilles démocrates-socialistes apparues en France dans les semaines et les mois qui ont suivi la Révolution de Février 1848, symbole d'une liberté de la presse retrouvée.

Sous la direction de Paul Emmanuel Auguste Poulet-Malassis (1825-1878), L'Aimable Faubourien, "journal de la canaille", publie cinq numéros entre le 4 et le 18 juin 1848. Comme beaucoup d'autres journaux "rouges", il disparaît à la suite des événements dramatiques de juin 1848.

Le 1er juin 1848, la rédaction justifiait en ces termes le titre de sa parution :

« Avant et après février, hier comme aujourd'hui, deux faits caractérisent la politique qui gouverne la France.
« Au-dedans, on cherche, suivant l'expression textuelle de Louis-Philippe, une ressource pour maintenir dans le devoir et la soumission, la très turbulente population de Paris et ses AIMABLES FAUBOURGS.
« Au-dehors, abandon de la Pologne et de l'Italie, absolument comme Louis-Philippe le promettait dans ses lettres écrites à l'Angleterre et à Nicolas.
« En un mot, la France désarmée de ses idées et abdiquant ton rôle de libératrice... On sait, sans doute, de quoi se composent celte très turbulente population et les aimables faubourgs. Ce qu'on appelle ainsi, c'est la France démocratique de 92 et de 1848, les penseurs et les soldats, les volontaires de la Révolution.
« Aujourd'hui; on n'espère plus faire cuire la Révolution dans son jus et donner des ordres impitoyables, comme au beau temps de Saint-Merry et de Transnonain, mais on se flatte de diviser pour régner. C'est le mot de Tibère et du petit Thiers, remis à la mode par les tyrans du jour. On exilera les héros de Février dans les départements ; on les parquera, on les abrutira dans un travail ingrat, selon les désirs du philanthrope Dupin. Les plus récalcitrants iront étudier la géographie aux îles Marquises...
« La canaille... Ne voyez-vous pas que ce n'est pas précisément cette lie de la société corrompue par la misère et l'ignorance, cette masse qui cherche à se soustraire aux atroces douleurs de notre enfer civilisé par des orgies de cabaret... Non ! la canaille, c'est tout ce qui a une pensée trop profonde et un cœur trop sympathique, tous ces Candide qui trouvent que tout n'est pas pour le mieux, dans notre République... Cette canaille-là, on ne lui pardonne pas, on ne se donne pas la peine de la juger; on l'exile, on la tue !
« Supposez, en attendant, que quelques-uns de ces parias s'avisent de vous exposer, deux fois par semaine, leur franche opinion sur les affaires de la patrie, de jouer cartes sur table... Lisez, en tête de cette feuille, la définition qu'Hégésippe Moreau et Barbier nous donnent de la sublime canaille
(1), et vous aurez une idée claire et nette de notre but.

« Et maintenant, en avant ! (1er juin) ».

(1) allusion au vers d’Auguste Barbier (1802-1885) dans le poème «La Curée» (lambes et poèmes, 1832), ode aux combattantss de Juillet 1830 : « La grande populace et la sainte canaille/se ruaient à l’immortalité. »


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