mardi 28 septembre 2010

"La nation hongroise est résolue à résister..." (Kossuth, 1849)

Mihály Kovács (1818–1892), "L'asservissement de la Hongrie en 1849" (1861).

« PROTESTATION SOLENNELLE DE LA NATION HONGROISE CONTRE L'INTERVENTION RUSSE.

La nation hongroise assaillie dans l'essence même de son existence politique n'en vainquit pas moins avec l'aide du Dieu juste et tout-puissant la révolte, qu'en dépit de toute loi et constitution la maison parjure, qui y régnait provoqua à force des menées les plus insidieuses, et des actes de violence les plus atroces.

La nation réussit à chasser jusqu'aux frontières du pays les troupes autrichiennes lancées sur elle pour y écraser la liberté et l'indépendance.

Et la nation d'un commun accord, et emporté par un enthousiasme général en usant de son droit inaliénable, et dans le devoir de se conserver soi-même prononça à tout jamais la maison de Habsbourg-Lorraine bannie du trône, cette maison, qui s'est tâchée soi-même de crimes épouvantables et de parjures sans nombre.

Jamais nation ne se battit pour une cause plus juste. Jamais maison régnante ne fut punie à plus juste titre. Jamais nation n'avait de droit mieux fondé à attendre, qu'on laisserait son gouvernement national fondé sur l'accord unanime du peuple guérir en repos les nombreuses blessures, dont le tyran déchu en avait déchiré le sien.

Et voilà que, sans aucune déclaration de guerre, des corps armés de Russes se montrent en masse sur le territoire voisin de la Gallicie et de Cracovie, menaçant la Hongrie d'invasion au premier appel des Habsbourgs.

Tous les préparatifs, toutes les nouvelles s'accordent à prouver, que la maison de Habsbourg-Lorraine non moins despote, que défaillante par ses propres fautes, s'efforce par son alliance avec la puissance russe, à relever son trône abattu sur la tombe du peuple hongrois.

La nation hongroise est résolue à résister encore à cette attaque. Plutôt elle versera sa dernière goutte de sang, que de jamais plus reconnaître son meurtrier pour son maître. En prononçant cette résolution ferme et inébranlable dans la conviction de lajustesse de sa cause, c'est avec une foi religieuse qu'elle croit dans la victoire, mais en même temps elle s'écrie devant Dieu et les peuples civilisés du monde, abreuvée comme elle est d'amertume et d'injures implacables, contre l'injuste intervention de la puissance russe, qui en faveur d'un despote parjure se prépare à souiller d'un pied profane tout droit de l'homme et des nations.

Elle proteste dans le sentiment de l'incontestable devoir de défense de soi-même, à laquelle on l'a poussé. Au nom de ce droit international, qui fait le fondement des rapports mutuels entre les états, au nom des traités, déclarations, et protestations, qui placent sous l'égide du sentiment de justice commun à tous peuples l'existence de celle d'entre elle, qui est menacée de mort par la hache d'un bourreau usurpateur. C'est encore au nom de la liberté, de l'équilibre de l'Europe et de la civilisation. Au nom de l'humanité, et du sang innocent, qui verse dans une pareille guerre crie vengeance au Dieu de la justice.

Que la nation hongroise y compte, que la sympathie de tout peuple, qui aime le droit et la liberté, répondra à ce cri. Mais que tout le monde l'abandonne, et elle déclare tout de même dans la conscience de soi-même devant Dieu et le monde, qu'elle ne cédera jamais à la violence des tyrans, et qu'elle luttera jusqu'au dernier soupir dans la défense de ses droits contre les atteintes du despotisme.

Que Dieu et le monde civilisé soit juge entre nous et nos oppresseurs !

Debrecen, le 18 mai, 1849.

LOUIS KOSSUTH, Gouverneur.
Comte CASIMIR BATTHYANY, Ministre des Affaires Étrangères. »



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