mercredi 7 juillet 2010

"Les bourgeois sont vivants ! frères ! brûlons-les tous..." (A. Carquillat, 1873)

Frédéric Théodore Lix. Les Séides de la Commune, les pétroleuses et les enfants perdus (1871). Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis.













« Divin pétrole, oh non ! ton rôle est pas fini !
Pour un début, c'est bien ; mais tu n'as pas tout dit!...
Laisse-là tes lauriers, essence trop fameuse :
Un monde d'aristos, à la mine rageuse,
Que l'on sait irrités écarquillant les yeux,
Pleure ses monuments et ses cloîtres pieux....
Bref, à peine échappé de ta serre infernale,
Il te montre déjà ses palais qu'il redalle ;
Ses desseins sont connus, ainsi que ses complots ;
Mais jurons de venger victimes et héros !
Faut défendre un bon coup les gens de la Commune,
Ou sinon consentir à leur donner la lune !

Que ce jour fait par eux, soit par nous tous béni !
L'avenir est à toi, mon pétrole chéri !
Faut-il verser le sang, on saura le répandre !
Justice ! C’est ton jour : sois bien longue et bien grande!
De tous ces gros bourgeois (bénissons le Progrès!)
Le sang et puis la peau nous serviront d'engrais !
Ils ont beau s'extasier de la note finale,
J'entrevois déjà, moi, cette immense rafale,
Qui nous en purgera... Vivent les libertés!
Ah ! voilà bien l'effroi de ces gens hébétés,
Bons à toujours sucer le pauvre sang du peuple,
En Afrique, en Asie, et surtout en Europe !

Pétrole ! Ô mon espoir et mes consolations !
Il te faut délivrer et sauver les nations,
Qui sont encore la proie adulée de ces brutes,
Vrais démons des enfers, défendant d'autres luttes
Que celle où le sang coule, aux yeux mêmes des rois,
Où l'on tue les humains ; comme on abat les noix!....
Ô mon cœur ! je te sens bondir, sauter d'ivresse,
En songeant qu'un beau jour nous les tiendrons en liesse !
Monuments et mortels, et cités et nations ;
Complices des tyrans, témoins de leurs passions,
Oui, vous périrez tous, au jour de la vengeance,
Vos gloires et votre or, et toute votre engeance !

Qu'ont fait les communards, qui fut contre la loi ?
Nul ne le saurait dire, et trouver, mieux que moi :
Ils ont brûlé Paris, — mais leur but était noble,
On le sait bien en France, et jusqu'au bout du globe!
S'ils versèrent le sang de quelques aristos,
Et celui de plusieurs, qui faisaient les dévots ;
S'ils ont brûlé, flambé, cet amas de merveilles,
Noble orgueil d'une ville aux autres sans pareilles,
Peuple ! c'est qu'on rêvait, pour toi, félicité :
Tu devais être roi... Certes, tu l'as été !!!....
Déjà, tu ne l'es plus ; c'est vrai, mais bon courage !
Aujourd'hui, c'est la trêve — et demain le carnage !

Les bourgeois sont vivants ! frères ! brûlons-les tous,
Et qu'ils « crèvent » enfin, ainsi qu'un tas de boucs !
Mon Dieu, la belle noce, et le beau tas d'ordure,
Alors qu'on pourra tous les mettre à la torture !
Communeux, récoltez le prix de vos labeurs !
Pillez, flambez : amis, ce sont là nos primeurs!....
C'est à vous que je parle, écoutez-bien, esclaves !
Hé ! n'entendez-vous pas l'écho de leurs conclaves ?
Du fond de la fabrique, et puis du magasin ;
Dans la rue et l'impasse, ici, sur mon chemin,
J'entends le même cri, — désespoir de ces hommes :
C'est le jour de montrer à ces gens, qui nous sommes !

Beau jour de notre hymen, avec la liberté,
Quand nous rêvons de toi, ce n'est pas sans fierté !
Points noirs de l'avenir, tout ça les émotionne,
Car ils ont si grand’ peur qu'on ne les déboulonne !
Reprenez vos esprits, charmantes gens de bal ;
Du reste, c'est trop sot, de tomber du haut-mal....
— Un mot encor, un seul, pour causer de nos fêtes?
(Je vois d'ici la mine et le nez, que vous faites....)
Bref, cent mille aristos, occis par nos bons soins,
N’est-ce pas un bon mets, fort présentable, au moins?
Cent mille?... Oh ! c'est le compte, et lé compte tout juste,
Car il en faut, du sang, pour « saouler » plèbe et rustre !

Je serai de la fête, et cela me ravit !
Une noce de sang, voilà bien du choisi!
Ne perdons pas de temps, — formons des citoyennes,
Capables d’élever maris et fils en haines
De tous les préjugés, ici-bas répandus :
Faisons des citoyens, mais jamais des vendus !...
Qu'on dresse mon enfant, et qu'on en fasse un homme,
Semblable à ceux de Sparte, et pas à ceux de Rome !
Ah ! qu'il manie au moins et pétrole et fusil,
La torche et le mensonge, aussi bien que l'outil !
Bref, le fils communard, la mère pétroleuse,
Voilà le seul moyen de voir la France heureuse !....

[…]

Le signal est donné ; mes amis, c'en est fait !
Déjà, par le passé, nous jugeons de l'effet....
Non, non ! plus de châteaux ; — des taudis, des chaumières !
Assez d'obscurité, vivent les cent lumières !...
Faut brûler leurs maisons, et pendre les bourgeois :
Ils y passeront tous, vive le feu grégeois !!!
Tuons les vieilles gens, ainsi que le vieux monde ;
Faisons avec courage, et sans peur, et sans honte !
A ce grand rendez-vous, aucun ne manquera?
Venez tous au festin : nul dévot n'y sera ! »

Alfred Carquillat, Hymne au pétrole, dédié aux républicains présents et à venir, Paris, Charles Douniol & Cie, 1873.

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