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mercredi 9 février 2011

"Un ouvrier allait prendre place au gouvernement" (H. Castille, 1854)


Alexandre Martin Albert (1815-1895), dit "l'Ouvrier Albert", fils de cultivateur devenu ouvrier mécanicien, il rejoint sous la Monarchie de Juillet diverses sociétés secrètes, avant de fonder avec d'autres ouvriers le journal L'Atelier. Pour Daniel Stern (pseud. de la Comtesse Marie d'Agoult), "la nomination d'un ouvrier au gouvernement provisoire est un fait historique dont il ne faut pas méconnaître le sens et le caractère. Elle est le signe de l'émancipation, aveugle encore, mais désormais assurée de la classe laborieuse ; elle marque l'heure du passage de la révolution politique à la révolution sociale." (Histoire de la révolution de 1848, vol. 1, 1851).

« Les Tuileries prises, le roi parti, La Réforme et Le National sentirent la nécessité d'un rapprochement immédiat. Il n'y avait pas une minute à perdre en vaines querelles. La Chambre pouvait se remettre de sa stupeur. Le peuple lui-même n'attendrait pas longtemps qu'on lui offrît un gouvernement. […] Les haines étaient vives entre ces deux journaux. La compétition du pouvoir ne semblait pas de nature à les ramener à des sentiments de conciliation. De part et d'autre on avait formé un comité en permanence. Depuis plusieurs heures, ces deux comités rivaux recrutaient les notabilités de leur faction. Au National se tenaient MM. Emmanuel Arago, Marrast, Martin (de Strasbourg), Sarrans, Dornès, Recurt, Vaulabelle, etc. A La Réforme MM. Beaune, Flocon, Gervais (de Caen), Cahaigne, et vingt autres discutaient sans arriver à une conclusion. […] Des deux parts, on dressait des listes de gouvernement provisoire. Mais si l'on parvenait à se rencontrer sur quelques illustrations qu'un mérite spécial et qu'une gloire extra-politique plaçaient dans une sorte de neutralité ; il n'en était pas ainsi des autres. On acceptait M. Lamartine comme poète, M. Arago comme astronome, M. Dupont (de l'Eure) comme honnête homme et comme octogénaire. Mais M. Marrast ne voulait pas entendre parler de M. Ledru-Rollin. M. Flocon avait M. Garnier-Pagès en horreur, et M. Marie frémissait à l'idée de partager le pouvoir avec le communiste Louis Blanc. […]

L'impossibilité de s'entendre amena purement et simplement un partage du pouvoir. Ce fut une conclusion fatale, inévitable. Il en résulta plus tard dans le gouvernement provisoire un manque d'homogénéité, qui devint pour la seconde République la source de tant de maux. La patrie en saigne encore et les larmes en couleront longtemps ! […]

On parvint enfin à s'entendre sur une liste ainsi conçue : "Dupont (de l'Eure), François Arago, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Armand Marrast, Crémieux, Garnier-Pagès, Lamartine, Louis Blanc." Ce dernier alla aussitôt lire la liste à la foule de combattants qui se pressaient dans la cour de l'hôtel. De rauques acclamations l'accueillirent. Pourquoi applaudissaient-ils ? Sans doute parce qu'applaudir est un besoin des masses, un prurit qui se déclare à la paume des mains de l'homme-multitude aussitôt qu'un homme-individu se place en face de lui et parle. Cette liste éclectique ne méritait certainement pas l'approbation du peuple. La science, le talent et la vertu s'y trouvaient réunis. Il y manquait l'unité. L'impéritie gouvernementale devait résulter de cette impuissante mixture de noms si diversement nuancés. Cela ressemblait trop à un dépècement du pouvoir par des ambitions secondaires. On ne sentait là personne qui eût le nerf d'un Cromwell ou d'un Robespierre, qui dût absorber les individualités inférieures et imprimer au gouvernement de la République une forte impulsion.

Les combattants pressés dans la cour eurent peut-être une vague perception de ce partage de la proie gouvernementale, car la pensée de s'en attribuer une part leur vint à l'esprit. Il fallait pour cela qu'un des leurs fût promu au rang des futurs dictateurs. La lecture de la liste était à peine achevée qu'un nom volait de bouche en bouche : "Albert ! Albert !" s'écriait-on. Lorsque ce nom arriva dans la salle de la rédaction, où se trouvaient de nombreux ouvriers, le cri de "Vive Albert !" retentit et consacra sa nomination. Un ouvrier allait prendre place au gouvernement d'une des premières nations du monde.

M. Albert était-il donc un de ces génies inconnus que les révolutions font soudain sortir de la foule ? En aucune façon. Ouvrier mécanicien, appartenant d'ailleurs à une famille aisée, M. Albert ne se distinguait par aucune de ces hautes et rares qualités qui désignent un homme aux fonctions gouvernementales. Sa notoriété ne s'étendait pas au delà des régions dans lesquelles s'écoulait sa vie. Depuis longtemps affilié aux sociétés secrètes, il avait pris part, dans les derniers temps du règne de Louis-Philippe, à la direction des Saisons. Hâtons-nous d'ajouter que M. Albert était estimé de tous à cause de la pureté de son caractère, de sa bravoure, de son dévouement à la cause républicaine. Il faut que ces nobles qualités aient été bien incontestables chez lui pour qu'aucun des agents secrets qui ont infecté la presse de dégoûtantes calomnies n'ait osé touchera cette simple et honnête figure.

Il est à regretter, au point de vue démocratique, que M. Albert n'ait pas été doué de facultés éminentes. Il eût donné à sa nomination une portée considérable qu'elle n'avait pas en réalité. Examinée de bonne foi, la nomination de M. Albert au gouvernement provisoire de la République française atteste bien plutôt la puissance des sociétés secrètes, que la volonté déterminée chez le peuple de se gouverner lui-même et d'arriver à une répartition plus rigoureuse, plus exacte de l'autorité. L'ouvrier des sociétés secrètes est un homme déclassé. Il n'appartient plus en réalité au travail ; il appartient à la politique. La nomination de M. Albert, dans la cour et dans les bureaux de La Réforme, par une foule d'hommes auxquels il avait commandé dans les sections, n'a pas d'autre sens que l'hommage rendu à un bon chef par ses soldats. Pour que cette élection eût pris le caractère que les hommes du parti avancé cherchèrent à lui donner, il eût fallu, au lieu de M. Albert, voir surgir quelque ouvrier connu de tous, désigné par l'acclamation générale des légions du travail, ou plutôt par une sorte de sentiment public. Il n'en existait pas de tel.

La nomination de M. Albert eut donc plutôt l'air d'une flatterie à l'adresse du peuple, qu'un fait de la volonté du peuple lui-même. Que ce soit là un signe considérable dans l'histoire d'une nation, quoiqu'il soit permis d'en relever l'importance, on ne saurait sans exagération lui donner un caractère de réforme sociale. Après tant de sottises perpétrées au soleil, quiconque a conservé des convictions démocratiques, est sommé, sous peine de mort éternelle, de déposer la dernière de ses illusions. M. Albert justifia d'ailleurs les réserves que l'histoire enregistre aujourd'hui par une inaction et un effacement absolus. Paris se demanda longtemps quel était cet Albert, ouvrier, en qui l'humble artisan et le penseur fondaient une secrète espérance. L'artisan se disait que les bienfaits du pouvoir allaient descendre, sous forme de lois généreuses, jusque dans son humble logis. Le penseur entrevoyait déjà l'aurore d'une grande évolution de l'esprit humain, le dernier cadre des classifications rompu, la naissance d'une société en participation collective, que sais-je ? La vertu, le mérite personnel, débarrassés de toute entrave et devenant la vraie, l'unique distinction entre les hommes. Quelque disciple d'Emerson y vit peut-être l'aurore du gouvernement des héros. Le nom de M. Albert a été un grand leurre. »

Hyppolite Castille, Histoire de la Seconde République en France,
vol 1, Paris, Victor Lecou éd., 1854.

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« LE CITOYEN ALBERT , OUVRIER ( SANS PORTEFEUILLE),

(C'est un Montagnard qui parle à un Conservateur.)

Quand je vous dis qu'Albert est habile ouvrier,
Dans quel art ? dites-vous d'un air mi-sardonique
Que je ne veux qualifier.
Apprenez qu'aujourd'hui l'art n'est plus qu'un métier
Nous fondons une République
Où doivent régner seuls les talents, les vertus,
Et ce n'est que dans la boutique,
Parmi ces hommes aux bras nus,
Qu'on trouve ces Romains, nouveaux Cincinnatus,
Sortant de l'atelier ou quittant leurs chaumières
Pour détrôner les rois et punir les tyrans ;
Ou , s'il le faut, sortant des derniers rangs ,
Baïonnettes intelligentes
Qui n'ont besoin de vieillir sous les lentes,
Pour être aussi bons chefs qu'intrépides guerriers ;
Puis, retournant dans leurs humbles foyers,
Y trouvent leurs femmes et filles ,
Filant le lin , lissant leurs vêtements grossiers ,
Et leur tenant tout chaud le potage aux lentilles.
Ah ! vous pensez, bourgeois et riches corrompus,
Modernes Lucullus, Crassus, Apicius,
Bravant la frugale Montagne,
Siège des grands et nobles cœurs,
Vous pensez, de ce peuple adroits explorateurs,
Vous abreuver toujours de ses sueurs
Où vous semblez trouver le bouquet du Champagne,
Sans jamais vous désaltérer !
Mais le temps est venu de vous régénérer.
C'est à son tour à faire un peu cocagne.
Cédez-lui donc la place en payant son écot,
N'oubliant que le pain tout seul est chose fade,
Qu'il attendit assez la grasse poule au pot
Et ne boit jamais qu'à rasade.
Sinon, le triangle d'acier
Pourrait bientôt reprendre son office,
Machine régénératrice
Qui dort depuis la fin du grand siècle dernier
Et finirait par se rouiller.
J’entends, le mot est dur et vous fait sourciller.
Prétendez-vous du peuple entraver la justice ?
Quand on fonde un nouveau sur un vieil édifice,
Ne faut-il pas d'abord qu'on démolisse ?
C'est là tout l'art des modernes maçons.
Entendez-les déjà crier avec courage :
Frères, amis, mettons-nous à l'ouvrage.
Démolissons, démolissons.
Pour reconstruire après, manquons-nous d'architecte ?
Eh bien ! Albert est là : suffit.
Sa force au moins n'est pas suspecte.
Quel besoin a-t-il donc d'études et d'esprit,
De savoir même ce qu'il dit ?
Quand on sait, les bras nus, s'il faut, jusqu'à l'aisselle,
Manier le marteau, la scie ou la truelle,
Quel conservateur insolent,
Regrettant l'état monarchique,
Oserait bien lui nier le talent
De gouverner la République ? »

Charles-Louis Rey (pseud. Géronte cadet), Poésies diverses,
Nîmes, chez les principaux libraires, 1852.

jeudi 2 décembre 2010

"Qu'au nom d'un ignoble Cosaque tout Français frémisse d'horrreur !" (anonyme, 1814)

"Les Cosaques en Champagne", estampe (vers 1814), Coll. BNF.


















LES COSAQUES EN CHAMPAGNE

« Que n'ai-je les accents d'un Gracque,
Pour exciter votre fureur !
Qu'au nom d'un ignoble Cosaque
Tout Français frémisse d'horreur !
Quoi ! par eux le sang et les larmes
Ont arrosé le sol des Francs !
Aux armes ! fils d'Hector, aux armes !
Du nord écrasons les brigands.

Les Cosaques, demi-sauvages,
De l'humanité les fléaux,
Maigres, barbus, anthropophages,
Ne sont couverts que de lambeaux.
Toujours avides de rapines,
Ces tigres, ô ville d'Isis,
Pensent venir sur tes ruines
Fouiller les tombes de tes fils.

Bons habitants des campagnes,
Ces monstres sortis de l'enfer,
Afin d'outrager vos compagnes
Apportent la flamme et le fer.
Vos troupeaux sont en leur puissance,
Vos vins, votre blé et votre or,
Et de vos vierges l'innocence
N'a pu conserver son trésor.

Terre des Gaulois, sois baignée
Du vil sang d'un peuple assassin,
Mais je crois te voir indignée
Le repousser hors de ton sein.
Qu'ils soient privés de sépulture !
Ô France ! que de tes bourreaux
Les corps deviennent-la pâture
Et des vautours et des corbeaux !

Tremble, lâche et perfide engeance,
Dont le crime a marqué les pas !
La main du Dieu de la vengeance
Sonne l'heure de ton trépas.
Quoi ! par toi le sang et les larmes
Ont arrosé le sol des Francs !
Aux armes ! fils d'Hector, aux armes !
Du nord écrasons les brigands.»

Poème anonyme. 1814
 (cité in François Frédéric Steenackers, L'Invasion de 1814 dans la Haute-Marne, Paris, Didier & Cie, 1868).

jeudi 3 juin 2010

"D'un peuple dévoué j'ai trahi l'espérance..." (Abbé Brébion, 1833)

"L'évacuation royale : C'est plaisant, j'avale Alger et je rends Paris." Estampe de 1830.













« […] Un illustre proscrit, que l'orage a saisi,
Chez notre villageois vient chercher un abri.
Sous ses coups redoublés la cabane résonne :
—Dieu ! C’est un revenant !— Alors chacun frissonne
Et, de frayeur transi, s'enquiert avec stupeur
Quel lugubre accident lui cause cette peur.
Là près, d'un bois épais l'effrayant voisinage
Rend plus affreux encor les effets de l'orage ;
Des flancs de cent rochers tous les vents déchaînés
Soufflent avec fracas dans les airs enflammés ;
De leurs antres affreux, les animaux terribles,
Chassés par l'ouragan, hurlent des cris horribles
Partout règne l'effroi! Le malheureux proscrit,
Tout couvert de limon, pâle et tout interdit,
Se morfond vainement auprès de la chaumière
Où personne n'entend son auguste prière.
Pourtant l'on ouvre enfin. Un illustre vieillard,
Au port majestueux, à l'imposant regard,
Se présente aussitôt. Les traits que la tristesse
A gravés sur son front relèvent sa noblesse.
Quel est cet étranger ? Quel est ce voyageur?
Disait le villageois guéri de sa frayeur :
Quels traits de majesté brillent sur son visage
Tout souillé de limon, tout mouillé par l'orage!
Peut-être un roi proscrit, un Bourbon, Charles Dix,
Trahi par ses flattteurs, trompé par leurs avis.
Le rustre pensait haut. Lors, une larme fière
Roula rapidement dans l'humide paupière
Du vieillard malheureux : — Oui. dit-il sanglotant,
Des grandeurs d'ici-bas admirez le néant !
Ce front humilié porta le diadème ;
Jadis j'ai possédé l'autorité suprême;
Je fus roi fortuné d'un peuple belliqueux
Qui remplit l'univers de ses faits glorieux :
Mais, ô regrets cuisants ! Trop fier de ma puissance,
D'un peuple dévoué j'ai trahi l'espérance.
Ministres égarés, ô flatteurs odieux !
Au lieu de m'éclairer, vous me fermiez les yeux.

Aujourd'hui dans l'exil je consume ma vie;
J'ai mérité ma peine, il faut que je l'expie :
Mais cet enfant chéri qu'a-t-il fait pour souffrir?
Cher Henri-Dieudonné, devais-je te trahir?
Hélas! je t'ai privé de ton bel héritage !
C'est moi qui t'ai frustré de ton noble apanage !
Fatal aveuglement ! mon peuple m'adorait,
Me prodiguait son sang, m'aimait, m'idolâtrait;
Il courait sur mes pas, plein d'une folle ivresse.
Il m'appelait son père, et ma douce vieillesse
S'écoulait lentement dans le sein des plaisirs;
Tous les jours je goûtais les plus dignes loisirs ;
J'étouffais sous l'honneur ! Des rives africaines
Mes soldats courageux avaient conquis les plaines;
Et le repaire affreux d'audacieux forbans
Fut à jamais détruit par mes fiers combattants.
J'aimais la vérité, l'honorable droiture,
Et je fus égaré par la vile imposture.
De mes sujets zélés les plus sages avis
Fuient par moi voués au plus sanglant mépris.
Hélas ! de l'un surtout je garderai mémoire ;
Noble Chateaubriand, oh! puisse un jour l'histoire,
Admirant ton grand cœur, à la postérité
Dire le dévouement de ta fidélité !
Le zèle supplanté, la vérité bannie :
L'injustice en honneur et l'audace impunie,
De mon règne passé légitiment le sort :
Le pouvoir m'aveugla; voilà mon premier tort.

Oh! qu'ils sont malheureux les puissants de la terre
Qui se laissent trahir par un orgueil vulgaire,
Sur le peuple abusé s'acharnent lâchement
Alors qu'ils le devraient protéger noblement.
Les rois n'ont de pouvoir que par cette justice,
Généreuse envers tous, à leurs sujets propice.
Malheur aux plus puissants, si, de l'humanité
Méconnaissant les droits, ils foulent l'opprimé !
Le Ciel, toujours vengeur de celui qu'on opprime,
Hait l'abus du pouvoir comme le plus grand crime.
C'est pour avoir foulé les faibles si nombreux,
Que je subis, hélas ! un sort si rigoureux ;
C'est pour avoir (*) ...

(*) La prudence m'a conseillé de supprimer ici certains vers où j'articulais quelques noms propres. L'ombre du despotisme est encore redoutable; grâces en soient rendues aux peureux qui méconnaissent leur position et le vœu de leur pays.

Le Monarque déchu, d'une voix défaillante ,
Termina par ces mots son histoire touchante.

Bientôt le sentiment de son triste malheur
Provoque ses soupirs, aiguise sa douleur.
Alors du villageois la famille ébahie,
Se jette à ses genoux de son sort attendrie :
Conjurant avec pleurs l'auguste infortuné
D'adorer de son Dieu la sainte volonté.
Des desseins du Très-Haut adorateur fidèle
Le prince reconnaît la justice éternelle :
Le doigt de Dieu, dit-il, s'appesantit sur moi;
Que son nom soit béni, je vénère sa loi.
Ô toi ! Louis-Philippe, espoir de notre France,
Tu remplis tous nos cœurs d'une juste espérance.
Protecteur éclairé des vertus, des talents,
Encourage les bons, réprime les méchants.
De tout gouvernement voilà la politique,
Et pour la monarchie et pour la république ;
Et puis après méprise, avec un noble cœur,
Des brouillons mécontents la stérile clameur.
Si jadis des Romains l'empereur le plus sage
Ne peut de ses censeurs calmer l'injuste rage ;
Si Marc-Aurèle enfin, modèle des gouvernants
Ne peut point se soustraire aux fureurs des méchants,
Console-toi ! toujours, dans des moments de crise,
Le trouble est dans l'état, le troublé est dans l'église:
Mais quand, dans un pays, puissant, industrieux,
Règne un monarque et brave et vertueux,
Alors les passions, désormais impuissantes,
Cessent leurs actions funestes, désolantes.
Bientôt l'on voit la fin de ces sinistres maux :
On voit leur succéder la gloire et le repos.

Ah ! si jamais la guerre, et des moments d'orages
De tes vaillants soldats stimulait le courage,
Pour les encourager cite-leur Napoléon
Il remplit l'univers de son auguste nom.
Qu'ils viennent tes guerriers sur la place Vendôme
Admirer le héros, saluer le grand-hôme !
Ce conquérant fameux rappelle cent combats,
Où vainquirent jadis tes courageux soldats.
Mille lieux différents reviennent à la mémoire;
Ils célèbrent chacun une insigne victoire.
Toulon, Arcole, Lodi ; le Pô, Palma Nova ;
Malthe, Alexandrie ; Aboukir, Médina ;
Austerlitz, Marengo : puis cent autres batailles,
Où franchissant les monts, renversant les murailles,
Il vainc les nations et détrône les rois ;
Aux peuples qu'il soumet, dictant.ses sages lois.
De l'Egypte au Kremlin, du couchant à l'aurore
Flotta victorieux son drapeau tricolore.
Du Grand Napoléon le nom prestigateur
Inspire à tes soldats une héroïque ardeur.
Ô mon roi, si jamais le fléau de la guerre
Revenait de nos jours épouvanter la terre ,
Auprès de la colonne appelle tes héros;
Pour les électriser prononce leur ces mots :
« Intrépides soldats, ô phalanges, terribles !
« Ô guerriers immortels, escadrons invincibles!
« Voici Napoléon, l'illustre général,
« Le voilà triomphant, qui, de son piédestal
« Semble vous animer du feu.de son génie
« A soutenir vos droits, à venger la patrie-
« Courage ! vous dit-il, vainqueurs de Marengo,
« Effacez à jamais l'échec de Waterloo.
« Vos combats glorieux relèveront l’empire.
« D'un peuple généreux que l'univers admire :
« Alors tout citoyen, dans la prospérité
« Criera : Vive le roi! Vive la liberté! »

Abbé Eusèbe Brébion, Le Doigt de Dieu dans la chute de Charles X, Paris, 1833.