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jeudi 3 juin 2010

"Chodruc-Duclos, c'est le Messie de l'éternelle révolte..." (J. Arago & E. Gouin, 1843)

Chodruc-Duclos, dessin paru dans (anonyme), L'Homme à la longue barbe. Précis sur la vie et les aventures de Chodruc Duclos, suivi de ses lettres ; orné du portrait de ce personnage mystérieux et d'un fac-simile de son écriture. Paris, 1829.




« "Quel est-il ? quel est-il ?" vous demandait le passant qui tremblait encore de l'avoir coudoyé. [...]

Dix-sept années durant, il a glissé devant les curieux ébahis ; dix-sept années, pas une de moins, il a poursuivi sa course muette et vagabonde; dix-sept années il a vécu hautement dans ce que les autres appelaient la livrée de la misère et ce qu'ils eussent du nommer la pourpre de la mendicité. Entre les gueux il a été le roi, entre les révoltés du monde il a plané comme un aigle sauvage ; au-dessus de toutes ruines il a passé froid, sinistre, inviolable comme l'orfraie ou l'engoulevent de nuit.

On a plié, on s'est affaissé, on est tombé autour de lui, et il est demeuré seul, inflexible, dans les champs désolés de la grande bataille humaine. Et il avait été frappé pourtant, atteint dans le cœur, blessé à mort; mais il s'est redressé, il s'est acharné de ses deux mains après sa saignante meurtrissure; il l'a ouverte, étalée toute grande; et, la plaie mise à nu, il s'est avancé calme et impassible, il a traîné droite et altière son héroïque agonie, et il s'est tenu debout jusqu'à la fin dans la jeunesse de ses plus mâles allures. Il emportait la mort dans son sein, et il marchait, il marchait... […]

Quand une ville s'éteint, on lui montre de loin Pompéi ; quand un royaume s'écroule, on lui crie : "Voyez Rome." Quand un homme pleurait sur lui-même, se proclamant malheureux et misérable au-dessus de tous, on entraînait cet homme et, le posant au milieu d'une galerie du Palais-Royal, on lui jetait à là face un suaire noir et déguenillé, disant : "Ceci est plus malheureux et plus misérable que vous, car ceci s'appelle Chodruc-Duclos."

C'était comme le fossoyeur de tous les renversements, c'était comme une proie oubliée elle-même par la pelle funéraire, c'était un tronc foudroyé se relevant sous l'outrage et grandissant dans la menacé ; c'était peut-être le débris dé quelque vieux et âpre citoyen d'Herculanum qui; s'était échappé de son lit souterrain, nous revenait criblé des mille colères volcaniques et vivait dans la mort.

Sur cette lugubre face il y avait les sillons de tant et de si rudes événements ! Au seul aspect de ces derniers fragments d’existence, on devinait qu'elle s'était brunie et crevassée parce qu'elle avait approché trop près le soleil souverain. Au fond de cet incessant mutisme on entendait une voix qui avait parlé trop haute et trop pénétrante; dans ces mutilations de costume on reconnaissait les vêtements qui s'étaient heurtés aux lambris d'or, qui s'étaient frottés aux broderies.

Mais au-dessous de ces délabrements secoués par toutes les mauvaises brises, il s'admirait plus d'altière majesté que sous les splendeurs les plus fastueuses. Parce qu'il se drapait dans toutes les richesses de sa misère, on se prenait au désir de saluer cet orgueil comme l'Alexandre de Diogène, comme un Diogène, comme un Alexandre tout à la fois.

La tête belle et droite, le pas ferme, le regard scintillant et poignant, les mains derrière le dos, une barbe tombant par longues et grises cascades sur une large poitrine, il s'en allait traînant après lui ses longs et tenaces souvenirs, —chaîne d'or et de fer;—il s'en allait poussant du talon la dédaigneuse et lapidatrice humanité, — globe de marbre et de fange.

Quel abîme, cet homme! Après les hourras désordonnés et les tumultes sans quiétude, le silence de la tombe; après les fêtes et les parfums, les douleurs intimes et les haillons ; après les cortèges fous et infinis.... seul, tout seul dans sa mansarde lointaine, seul dans la grande cité des oublieux, seul dans ce grand univers des impitoyables ; sans une consolation, sans une amitié, sans un amour, sans un lien de la nature ou du cœur, sans autre spectacle que ce cercle humain se déroulant sans cesse, bien plus à nu, souvent bien plus délabré de l'âme que son juge examinateur ! seul au milieu des indifférences, des consternations, des railleries ! seul à côté de cette blanche mousseline que la coquetterie rajuste en retournant un regard de dégoût sur les guenilles frôlées en passant ! seul derrière cette rose joue d'enfant qui pâlit et se glace parce qu'elle a entrevu l'homme à la longue barbe ! seul sur le chemin de cet habit chamarré qui secoue avec dédain là poussière cueillie sur l'habit en lambeaux !

Oh ! qu'il a dû penser, cet homme ! Oh! qu'il a dû souffrir! Méprise qui voudra ces audacieux mépris de toute route frayée, maudisse qui voudra ces publiques malédictions de l'entourage de tous ; les cœurs bien placés pleureront et ne flétriront pas, plaindront et ne haïront pas ; parce que sa haine, à lui, ne s'est pas irritée de rien, parce qu'il a rougi sous l'affront et sous la répudiation avant d'insulter et de répudier; parce qu'enfin, s'il a été balayé honteusement par un morceau d'hermine brodée, il avait bien le droit, ce nous semble, de saisir dans sa revanche le premier lambeau venu pour en flageller les renégats.[…]

Et d’ailleurs, quel mal vous fait cet être inoffensif qui circule en paix auprès de vous ? Que vous importe son élégance ou son délabrement ? Est-ce aux vêtements que vous jugez l'homme? Et celui-là ne peut-il pas tout aussi légalement que vous cheminer dans cette voie ouverte à tout le monde ? Respirer votre air, est-ce donc y semer le poison ? Tout citoyen ne peut-il pas franchir cette rue, arpenter ces galeries? Toute créature de Dieu ne peut-elle pas venir se chauffer au soleil qu'il a donné pour tous ? Les chiens et les valets usent bien de ce privilège !

Ah! prenez garde à ne pas laisser l'habit dominer et trôner; il n'est pas, voyez-vous, de pire tyrannie que le despotisme de l'éclat. Les cardinaux— cette première hiérarchie des saintetés terrestres— les cardinaux portent costume rouge; les galériens — ce dernier échelon du crime—les galériens ont un costume rouge. D'un manteau de sang à un manteau de pourpre, où est la différence? […]

Chodruc-Duclos, c'est le Messie de l'éternelle révolte apparaissant aux Pharisiens ; c'est la vérité forte soulevant et secouant les sépulcres blanchis ; c'est le ministre de la loyale pauvreté précipitant de la tribune profanée l'impérieuse et lâche opulence ;  c'est le citoyen de l'univers heurtant, frappant partout, sans relâche, sans merci, l'usurpatrice indignité ; c'est le soldat du souvenir visant et mitraillant la poitrine des déserteurs ; c'est le pontife debout fulminant des autels du sacrifice la sainte excommunication ; c'est la populaire majesté bâtonnant la princière valetaille ; c'est la virginale indépendance faisant rougir le dévergondage de l'oppression ; c'est le cynisme de l'exemple faisant passer sous la fustigeade le cynisme de la cafarderie ; c'est la nudité de la vengeance faisant passer par les honnissements de la foule la nudité de l'infamie ; c'est le fer de la vendetta braqué sur ce que n'atteint pas la loi ; c'est la hache du franc-juge attendant au passage l'impunité ; c'est le grand se faisant petit ; c'est le costume de l'éblouissement endossant le costume de l'opprobre; Henri VIII, bourreau, pour supplicier l'adultère du trône et de l'ingratitude.»

Mémoires de Chodruc Duclos, recueillis et publiés par Jacques Arago (1790-1855) et Édouard Gouin, tome I, Paris, Dolin, 1843.

samedi 3 avril 2010

Le travail des enfants dans les mines de charbon : l'exemple du Royaume-Uni au début des années 1840 (2e partie)

« 6. Nature des travaux. — La tâche des plus jeunes enfants consiste généralement à ouvrir et à fermer les trappes ou portes d'aérage dans les galeries (trapping), et nécessite leur présence dans les fosses dès le commencement des travaux jusqu'à l'heure où ils finissent. Cet emploi mérite à peine le nom de travail ; cependant les enfants qui en sont chargés sont le plus souvent forcés de rester dans l'obscurité, et dans un isolement qui équivaudrait au confinement solitaire le plus rigoureux, n'était le passage des wagons destinés au transport du charbon.

Dans les districts où les couches de houille sont assez épaisses pour permettre aux chevaux de se rendre directement aux travaux, ou dans ceux où les galeries latérales qui conduisent des tailles aux voies de niveau ne sont pas assez longues pour exclure la lumière, la situation des jeunes ouvriers est comparativement moins pénible, moins ennuyeuse, moins abrutissante; mais dans quelques districts ces petits malheureux restent dans l'obscurité et la solitude pendant tout le temps qu'ils demeurent dans les fosses, et d'après leur propre témoignage, il se passe souvent plusieurs semaines, pendant la saison d'hiver, sans qu'ils aperçoivent la lumière du jour, excepté le dimanche, ou lorsque les travaux sont accidentellement suspendus.

Les couches de houille exploitées varient en épaisseur, de 10 pouces anglais à 10 yards. Or, la grandeur et l'élévation des galeries dépendent de cette épaisseur. Beaucoup de ces galeries n'ont que 24 à 50 pouces de haut; d'autres n'en ont que 18. On peut se figurer la position déplorable où se trouvent les enfants que leur petite stature fait spécialement réserver pour des travaux qui s'opèrent dans un espace aussi resserré. — Qu'on nous permette de citer ici quelques passages de l'enquête pour faire mieux apprécier la gêne, les souffrances, les tortures que doit nécessairement entraîner un mode d'occupation que l'on ne saurait qualifier trop sévèrement.

"Dans le district d'Halifax, les couches de charbon, dans plusieurs mines, n'ont guère que 14 et dépassent rarement 30 pouces d'épaisseur; il s'ensuit que les ouvriers adultes manquent de l'espace nécessaire pour travailler même dans une position courbée ; pour tailler, il sont obligés de se coucher tout du long sur le sol raboteux, la tète appuyée sur une petite planche ou une sorte de courte béquille. Lorsqu'ils ont un peu plus d'espace, ils travaillent assis sur un genou, l'autre étendu, de manière à pouvoir balancer le corps. Pendant tout le temps qu'ils passent dans ces conduits étroits, obscurs, privés d'air, accablés par la chaleur, ils sont dans un état de complète nudité. Il se trouve proportionnellement un assez grand nombre d'enfants occupés dans ces houillères. Heureusement que le service des trappes ou portes d'aérage n'en réclame qu'un petit nombre; mais ceux qui sont chargés de ce travail monotone demeurent, comme ailleurs, plongés dans une complète obscurité."

"Je n'oublierai jamais, dit l'un des sous-commissaires, l'impression que j'éprouvai à la vue de la première créature infortunée que je rencontrai employée de celle manière; c'était un petit garçon âgé de 8 ans environ, qui me regarda, à mon passage, avec une expression d'hébétement et d'idiotisme qui me glaça le cœur. — C'était une sorte de spectre rampant qui ne pouvait se trouver que dans ce lieu désolé. Lorsque j'approchai pour lui adresser la parole, il se blottit dans un coin, tremblant de tous ses membres, craignant sans doute que je ne le maltraitasse, et ni promesses ni menaces ne purent l'engager à quitter la retraite où il se croyait sans doute en sûreté."

"Dans le même district, les petits wagons, qui servent au transport du charbon dans l'intérieur des fosses, reçoivent une charge qui varie de 2 à 5 quintaux. Ils sont portés sur 4 roues en fer fondu, de 5 pouces de diamètre, et roulent sur un sol mal aplani toutes les fois que des rails ne conduisent pas des travaux de taille aux puits d'extraction. Ce sont des enfants qui traînent ces wagons en passant par des galeries qui, quelquefois, n'ont que 16 à 20 pouces d'élévation. Il s'ensuit que, pour accomplir ce travail fatigant, ces petits malheureux sont obligés de ramper sur les pieds et sur les mains; pour l'alléger, ils mettent autour de leur corps nu une large ceinture de cuir à laquelle pend une chaîne de 4 pieds de longueur environ, qui s'attache au wagon à l'aide d'un fort crochet. Dans les passages un peu plus élevés ils traînent leur fardeau avec la ceinture et la chaîne en marchant le corps courbé et à reculons. Lorsqu'ils ont enfin atteint les grandes galeries de communication, ils détachent la chaîne et, changeant de position, ils poussent le wagon qu'ils traînaient auparavant, avec célérité, jusqu'au cuffal, en s'aidant à cet effet de la tête et des mains. II est vraiment extraordinaire de voir avec quelle adresse ces enfants dirigent les waggons au milieu des courbes et des angles formés par les passagesqui s'enlre-croisent, toujours courant sur un sol inégal, au milieu des eaux, des pierres et de la boue. Les plus jeunes enfants sont réunis deux à deux pour pousser les waggons."

"Les filles âgées de 5 à 18 ans sont occupées de la même manière que les garçons. Il n'est fait aucune distinction entre eux pour l'entrée et la sortie des mines, — dans le mode de traîner ou de pousser les waggons, — dans la charge de ceux-ci ou des paniers et les distances à parcourir, — dans l'habillement et le taux des salaires. Il n'est guère possible d'ailleurs de distinguer, soit dans l'obscurité des galeries et des conduits où ils sont enfouis pendant le travail, soit à la clarté du grand jour dans leurs demeures, la moindre différence entre les enfanls des deux sexes."

Le sous-commissaire chargé de l'inspection des houillères du Lancashire et du Cheshire joint à la description qu'il donne de l'occupation des trappiers (trappers) dans ce district un dessin représentant un de ces petits malheureux au moment où il ouvre une des portes d'aérage pour donner passage à un waggon. L'enfant qui remplit ces fonctions est représenté assis sur les talons, position habituelle aux bouilleurs, jeunes et vieux, dans ce district.

"Cette occupation est l'une des plus pénibles, par suite de son extrême monotonie. Elle n'exige d'autre mouvement et d'autre travail que ce qu'il en faut pour ouvrir et fermer une porte. Comme les enfants qui en sont chargés sont toujours choisis parmi les plus jeunes, je les ai toujours trouvés très timides, répondant à peine aux questions qu'on leur adressait. Ils passent leur temps assis dans l'obscurité, souvent pendant douze heures de suite, ouvrant et fermant une porte pour donner passage aux wagons. Ils subissent ainsi une sorte de confinement solitaire qui finit par les rendre presque idiots. » (J. L. KENNEDY, Report, § 122.)

Mais le plus grand nombre d'enfants employés dans les houillères sont occupés à charger et à traîner les wagons ; pour faire mouvoir ces derniers, ils les poussent en avant avec toute la vélocité que comportent l'inclinaison de la galerie, l'état de la roule et la force musculaire du manœuvre. Dans la plupart des mines du district du Lancastre et du Cheshire, les galeries sont munies de rails, et les wagons ont des roues dont le diamètre est de 4 à 6 pouces. On y trouve cependant encore des fosses où l'on a conservé l'ancienne coutume de charrier le charbon à l'aide de paniers ou de traîneaux en bois. Le traîneur est muni d'une ceinture de cuir à laquelle est suspendue une chaîne qui est attachée au traîneau au moyen d'un crochet. Harnaché de la sorte, il rampe sur les pieds et sur les mains, traînant après lui son fardeau. S'il n'est pas assez fort, on lui adjoint un autre enfant un peu plus jeune qui pousse le traîneau par derrière. Le poids des wagons ou des traîneaux chargés varie, dans les différentes mines de ce district, depuis 2 1/2 jusqu'à 9 quintaux; mais dans les fosses où l'on se sert de traîneaux sans roues, il n'excède pas 5 1/2 à 4 quintaux.

Le sous-commissaire a joint à son rapport des dessins qui indiquent la manière dont s'opère le transport du charbon dans les galeries de diverses élévations. L'un de ces dessins représente trois jeunes enfants occupés à traîner et à pousser un wagon chargé. L'enfant qui est en tète est enchaîné au wagon qu'il traîne de toutes ses forces; il est secondé par les deux autres enfants qui poussent par derrière. Leur tête est de niveau avec le wagon, et leur corps est dans une position à peu près horizontale. On a voulu empêcher ainsi que la tête n'aille heurter contre le plafond de la galerie, en même temps qu'on augmentait la force de traction. L'enfant qui traîne se sert, à cet effet, des mains comme des pieds; de celte manière, tout le poids de son corps est supporté par la chaîne qui part de sa ceinture pour se rattacher au wagon, tandis qu'il perdrait beaucoup de sa force s'il rampait sur les genoux. On a remarqué que les enfants chargés de pousser usaient tellement leurs cheveux en appuyant la tête sur le derrière des wagons, qu'ils en devenaient presque chauves (First report, p. 77-82.) [...]

Le sous-commissaire, M. R. H. Franks, représente ce travail comme un cruel esclavage qui offense l'humanité ; il a vu un enfant, une charmante petite fille, âgée seulement de 6 ans, portant sur le dos un demi-quintal de charbon, et faisant régulièrement, avec ce lourd fardeau, quatorze longs et pénibles voyages par jour. — "Pour apprécier, dit-il, ce genre de travail, il suffira de décrire les localités où il s'exerce. La pauvre petite fille dont je viens de parler (et des centaines d'enfants sont dans le même cas) doit d'abord descendre dans la bure, au moyen d'échelles, jusqu'à l'endroit où se trouve le puits par où l'on remonte à la surface du sol la houille déposée par les porteurs dans les paniers ou les cuffafs; là elle prend un panier dans lequel s'emboîte le dos et qui s'aplatit en s'élargissant vers le cou, et munie de cet appareil, elle poursuit son chemin jusqu'aux travaux de taille. On y remplit son panier, qu'un homme a souvent de la peine à soulever, pour le recharger sur ses petites épaules. On passe sur le devant de la tête de l'enfant une bande de cuir qui est destinée à retenir le fardeau ; on ajoute quelques morceaux de grosse houille sur le cou, et la pauvre petite créature commence son pénible voyage; le corps courbé et presque affaissé sous celte charge énorme, après avoir attaché sa lampe au bandeau qui recouvre son front.

De la taille à la première échelle il y a une distance de plus de 80 pieds ; cette échelle a 18 pieds de haut; après l'avoir gravie, l'enfant fait de nouveau quelques pas et trouve une seconde échelle, puis une troisième, une quatrième, etc., qu'elle gravit successivement jusqu'à ce qu'elle atteigne le fond de la bure où elle jette dans le cuffat son fardeau. Ce trajet est ce qu'on appelle un voyage ; il dépasse la hauteur de la cathédrale de Saint-Paul, à Londres (110 mètres), si l'on ajoute à la montée des échelles l'intervalle qui les sépare les unes des autres. Il arrive parfois que la bande de cuir qui retient le panier se brise pendant l'ascension, et que le fardeau dans sa chute écrase ou blesse grièvement les enfants qui se suivent à la file. Quelque incroyable que soit la chose, j'ai interrogé des pères qui m'ont avoué avoir eu des hernies en s'efforçant de charger du charbon sur le dos de leurs enfants.

"Lorsque, — dit en terminant M. Franks, — on considère la nature de cet horrible travail, son extrême sévérité, sa durée excessive, qui est de 12 à 14 heures par jour, et qui même, une fois au moins par semaine, se prolonge pendant toute la nuit ; l'atmosphère humide, chaude et malsaine dans laquelle travaillent les bouilleurs; le jeune âge et le sexe d'un grand nombre de ces derniers; lorsqu'on considère que ce travail, bien loin d'être une exception, n'est au contraire que le lot habituel et la condition de l'existence journalière de plusieurs centaines de créatures formées comme nous à l'image de Dieu, l'esprit recule épouvanté. Cette oppression cruelle et cet esclavage systématique ne pourraient être même soupçonnés par ceux qui n'ont pas été en position d'en constater par eux-mêmes la désolante réalité." »

à suivre...

Edouard DUCPETIAUX, De la condition physique et morale des jeunes ouvriers et des moyens de l'améliorer, Bruxelles, Méline, 1843, Vol. 2.

Une correspondance entre la lune et la terre est-elle possible ? (Le Magasin Pittoresque, 1843)

« Pendant une belle nuit sereine, quand le disque de la lune brille seul au firmament, quel est l'homme qui ne s'est transporté en imagination dans cet astre silencieux, quel est celui qui ne s'est demandé si ce fidèle satellite de la terre n'est pas peuplé comme elle d'êtres intelligents, et s'il ne serait pas possible de communiquer un jour avec les voisins les plus proches que nous ayons dans l'immensité des espaces célestes ? Le génie humain a fait tant de découvertes imprévues, il a tant osé et ses hardiesses ont été si souvent heureuses, qu'un voyage de 38.300 myriamètres ne saurait l'effrayer. C'est dix fois le tour du monde, et bien des navigateurs ont fait plus de chemin dans le cours de leur vie. Examinons cependant quelles sont les difficultés et les chances d'un pareil voyage, et dussions-nous détruire quelques beaux rêves, ou encourir l'accusation de limiter le pouvoir de l'homme, montrons-lui que ce pouvoir qui est sans bornes dans le domaine de l’intelligence, est impuissant contre les obstacles matériels, et ne saurait le transporter au-delà de l'étroite demeure qui lui a été assignée. Il a pu à force de génie et de temps supputer la distance des étoiles fixes, et calculer le retour des comètes ; mais il ne saurait quitter la petite planète qui l'emporte dans l'espace. Imaginons qu'il ait construit un aérostat, et que le vent le plus favorable le porte sans cesse vers la lune en lui faisant parcourir 5 mètres dans une seconde, il lui faudra pour son voyage deux ans et cent soixante-dix-neuf jours. Préférez-vous la vitesse qu'on obtient à l'aide de la vapeur ? Supposez une locomotive faisant 6 myriamètres à l'heure, et qu'on marche sans relâche, on arrivera le deux cent soixante-dixième jour.

Le temps, me dira-t-on, ne fait rien à l'affaire. Je suis de cet avis ; on ne saurait mieux employer deux ans de sa vie qu'à faire un pareil voyage; mais j'entrevois d'autres difficultés bien autrement effrayantes. Je suppose la machine à vapeur toute prête; elle a été éprouvée de toutes les manières ; elle a voyagé à travers les airs, de Paris à Pékin ; tout est prêt pour le voyage lunaire, il n'y a qu'à partir. Mais de quel côté se diriger ? Belle question ! direz-vous ? Du côté de la lune qui brille au firmament. Sans doute; mais la lune tourne autour de la terre, et en allant toujours dans la direction primitive, l'aéronaute ne la trouvera plus sur sa route. Il y a plus, la terre elle-même tourne autour du soleil avec une vitesse de 263 myriamètres par jour, en entraînant la lune avec elle et pendant que la terre achève en un an sa révolution autour du soleil, la lune tourne douze fois autour de la terre. La route qu'elle parcourt, figurée sur une carte, ressemble à un fil replié douze à treize fois sur lui-même, et formant une courbe tellement compliquée, que dans le cours de plusieurs milliers d'années la lune ne se retrouvera peut-être jamais à la place qu'elle occupait dans l'espace au moment du départ de l'aéronaute.

Mais ce n'est pas tout ; pour aller dans la lune il faudrait se soustraire à l'action de la pesanteur exercée par le globe terrestre, qui jamais, depuis qu'il existe, n'a laissé échapper la moindre parcelle de matière pondérable faisant partie de son domaine. C'est en vertu de cette action même que les aérostats s'élèvent au-dessus du sol, et loin de pouvoir franchir les limites de notre atmosphère, ils ne peuvent certainement pas les atteindre. Supposons encore cette difficulté vaincue ; admettons que, par le plus étonnant des hasards, l'aéronaute, au lieu de se perdre dans l'immensité de l'espace, arrive dans la sphère d'attraction de la lune. Alors il sera attiré vers cet astre par une force croissante à mesure qu'il s'en approchera et il tombera à sa surface avec une vitesse telle, qu'il s'y brisera en mille pièces.

C'est à dessein que nous ne sommes pas entrés dans le détail des impossibilités physiques que notre organisation oppose à une pareille tentative ; elles sont généralement connues et ce sont les seules qu'on mentionne habituellement ; leur réalité est incontestable. La limite de l'atmosphère ne saurait être au-delà de 43.000 mètres, et déjà à 8.000 mètres l'air est tellement raréfié qu'il est presque impossible de respirer. Supposons encore que cette difficulté soit écartée, et que le voyageur emporte avec lui une provision d'air pour deux ans, comme celui qui descend sous certaines cloches de plongeur en emporte pour quelques instants ; supposons-le arrivé heureusement au terme de son voyage, pourra-t-il vivre à la surface de la lune ? Cela est très peu probable, car tout prouve que cet astre est privé d'atmosphère. En effet, lorsque la lune passe devant une étoile, l'éclat de celle-ci ne s'affaiblit point à mesure que le disque lunaire s'en approche; elle disparaît au contraire subitement au moment où le bord de la lune vient à la recouvrir. Il n'en serait pas de même si la lune avait une atmosphère : l'éclat de l'étoile commencerait à s'affaiblir, et s'éteindrait peu à peu à mesure qu'elle s'approcherait du disque. Il serait même difficile de noter l'instant exact où l'étoile passe sous le bord du disque. L'absence d'atmosphère ou d'air entraîne celle d'un liquide quelconque, et celle de l'eau en particulier. Ainsi donc il y a impossibilité pour un être organisé physiquement comme le sont les animaux terrestres, de vivre sans respirer à la surface de la lune.

Mais, je l'ai déjà dit, si les Sélénites ou habitants de la lune sont des êtres doués de raison, l'homme peut établir entre eux et lui une correspondance intellectuelle. En effet, si chez eux les arts et les sciences sont aussi avancés que chez nous, ils ont contemplé souvent le globe immense qui brille à leur firmament, et dont le diamètre leur paraît seize fois plus grand que celui de la pleine lune vue de la terre. Ce globe, c'est celui que nous habitons. […]

Mais quel signe employer ? à quel langage recourir ? Tout est convention, arbitraire dans les signes par lesquels nous traduisons notre pensée ; nous avons toutes les peines du monde à nous faire entendre, sans paroles, d'êtres organisés comme nous, sentant et pensant comme nous. Comment correspondre à une énorme distance avec des êtres qui peut-être n'ont de commun avec nous que l'intelligence ? »

"Sur la possibilité d'une correspondance entre la lune et la terre", Le Magasin Pittoresque, vol. 11, 1843.

Le travail des enfants dans les mines de charbon : l'exemple du Royaume-Uni au début des années 1840 (1ère partie)


« Conformément au vœu exprimé par la Chambre des Communes, le gouvernement anglais institua, le 20 octobre 1840, une commission dans le but de constater la condition des enfants et des jeunes gens employés dans les mines, usines cl manufactures autres que les fabriques désignées dans l'acte de 1833. Celle commission, composée de 4 membres, MM. T. Tooke, T. Southwood Smith, L. Borner et R. J. Saunders, et d'un secrétaire, M. J. Fletcher, s'adjoignit 20 sous-commissaires qui reçurent la mission de visiter les usines et les mines désignées ci-dessus. Ces visites eurent lieu à la fin de 1840 et dans le cours de 1841. Pour s'éclairer dans leurs recherches, les sous-commissaires, non contents de tout voir par eux-mêmes, interrogèrent successivement un grand nombre de témoins, les propriétaires des mines, usines et manufactures, les surveillants, les ouvriers, les enfants, les parents de ceux-ci, les instituteurs, les médecins, les membres du clergé, les gardiens des pauvres, tous ceux en un mot qui, plus ou moins en rapport avec la classe ouvrière, paraissaient le plus à même d'apprécier sa situation et ses besoins. Les principaux faits recueillis dans celte enquête sont résumés et classés dans un rapport rédigé par les commissaires, et qui fut soumis au parlement, par ordre de la Reine, le 21 avril 1842. […]

1. Âge d'admission aux travaux. — Les commissaires ont constaté des cas où les enfants avaient été mis au travail dans les houillères dès l'âge de 4 ans; d'autres, dès l'âge de 5 et entre 5 et 6 ans ; il n'est pas rare d'y rencontrer de jeunes ouvriers âgés de 6 à 7 ans ; souvent ils sont âgés de 7 à 8 ans ; mais c'est d'ordinaire entre 8 et 9 ans que commence, pour les enfants, le travail dans les mines de cette espèce. On a aussi remarqué que le nombre des jeunes ouvriers dans les houillères a sensiblement augmenté depuis qu'on a interdit ou abrégé pour eux le travail dans les fabriques de coton, de laine et de lin.

2. Nombre proportionnel des enfants employés dans les houillères. — Il résulte des tables dressées par les commissaires qu'en Angleterre, dans les districts houillers du Yorkshire, du Lancashire et de la partie nord du comté de Durham, la proportion des jeunes ouvriers âgés de moins de 18 ans aux ouvriers adultes est d'un tiers environ, et qu'elle est de deux septièmes dans les trois autres districts du Leicestershire, du Derbyshire et de la partie méridionale du comté de Durham. En Ecosse, dans le district d'Est-Lothian, cette proportion est de près de moitié; dans les autres districts elle varie d'un tiers à deux cinquièmes; elle n'est cependant que d'un quart environ dans la partie occidentale du pays. Dans le pays de Galles, le district du Pembrokeshire compte deux jeunes ouvriers pour trois adultes; dans le Glamorganshire et le Monmouthshire, le rapport est à peu près comme 1 est à 3.

3. Sexe. — Dans plusieurs districts du Yorkshire, du Lancashire et du pays de Galles, les jeunes filles sont employées dans les houillères au même âge que les jeunes garçons, sans qu'on fasse entre eux de différence pour ce qui concerne le genre et la durée des travaux. Dans l'est de l'Ecosse la confusion des sexes est une coutume générale. La commission signale, avec de vives couleurs, les inconvénients auxquels donne lieu ce mélange des hommes, des femmes, des jeunes garçons et des jeunes filles dans les travaux souterrains où la surveillance est presque toujours nulle ou insuffisante. Les ouvriers, sans distinction de sexe, la jeune fille comme la femme mariée, travaillent souvent dans un état de complète nudité.

4. Mode d'engagement. — La plupart des enfants et des jeunes gens employés au travail des mines appartiennent aux familles des ouvriers adultes, ou font partie de la population la plus pauvre dans le voisinage ; ils sont engagés et payés dans quelques districts par les ouvriers eux-mêmes, dans d'autres par les propriétaires ou les entrepreneurs d'exploitation. Dans certaines localités on trouve des apprentis placés par les paroisses, avec l'obligation de servir leurs maîtres jusqu'à l'âge de 21 ans révolus, dans des travaux où il est impossible d'acquérir quelque aptitude. Ces apprentis, fréquemment exposés aux mauvais traitements de toute espèce, ne reçoivent d'autre rétribution que la nourriture et l'habillement.


5. État des lieux où s'exécutent les travaux. — Dans un grand nombre d'exploitations on a souvent réussi à assainir les travaux, en mettant en œuvre toutes les ressources que pouvait offrir la science pour garantir la santé et la sûreté des travailleurs ; mais sous ce rapport on n'est pas encore parvenu jusqu'ici à écarter toute chance de danger. Dans d'autres exploitations, au contraire, et ce ne sont pas les moins nombreuses, les moyens de ventilation et de dessèchement sont essentiellement défectueux. On trouve à cet égard, dans les rapports des sous-commissaires, des détails vraiment affligeants : "J'ai vu des mines, dit l'un d'eux, où l'humidité était telle, qu'elle mouillait en quelques minutes les enfants jusqu'à la peau; l'air y était en même temps si chaud, qu'ils pouvaient à peine garder leurs habits ; ils étaient forcés de travailler ainsi pendant 14 heures sans relâche, et le soir, après les travaux, ils avaient souvent un ou deux milles à faire avant de pouvoir changer ou sécher leurs vêtements." (J. M. FILLOWS, Report, § 24.) »

à suivre...

Edouard DUCPETIAUX, De la condition physique et morale des jeunes ouvriers et des moyens de l'améliorer, Bruxelles, Méline, 1843, Vol. 2.

dimanche 24 janvier 2010

Aux sources du maldéveloppement haïtien (V. Schoelcher, 1843)

« Le 17 avril 1825, le président Boyer […] laissa imposer une indemnité de 150 millions à Haïti (cf. note), en paiement des lettres d'indépendance que l'ancienne métropole accordait à sa colonie, émancipée cependant depuis un quart de siècle.

Pour satisfaire à cette dette, outre un emprunt de 24 millions de francs, opéré à Paris, une loi du 1er mars 1826 frappa la république d'une contribution de 30 millions de piastres. Toutes les provinces ensemble se déclarèrent hors d'état de payer. Le gouvernement avait un indispensable besoin d'argent, on battit monnaie en papier. Par malheur, […] le papier que l'on créait ne fut assuré par rien, ni propriété nationale, ni réserve d'or ; ce ne fut donc qu'une valeur toute fictive, toute nominale, on peut dire sans exagération de la fausse monnaie, car quel autre nom donner à un papier qui n'est représenté par quoi que ce soit au monde. Aussi qu'est-il advenu ? Il faut, à l'heure qu'il est, trois gourdes haïtiennes pour faire une gourde espagnole. Une once d'or de 16 piastres ne se vend pas moins de 42, 44 et 45 gourdes du pays. On pouvait prévoir, dès l'origine de son émission, cette chute du papier monnaie, et il baissera certainement bien plus encore. Sa dépréciation est sans échelle possible, par le double motif que sa création est sans limite et sans garantie.

Ce n'était pas assez. L'administration a augmenté volontairement, elle-même, le discrédit de ses billets de caisse, en ayant l'impudence de demander aux chambres, qui ont eu l'imprudence de l'accorder, la loi suivante, promulguée le 14 juillet 1835 :

« Art. 1er. Seront désormais payés, en monnaie étrangère d'or ou d'argent, les droits d'importation établis au tarif des douanes sur les marchandises et produits étrangers introduits en Haïti.
« Art. 2. La piastre forte d'Espagne servira de base pour l'évaluation des autres monnaies, etc., etc. »

C'est assurément là un des actes les plus monstrueux que nation puisse jamais commettre, et il n'en est peut-être pas d'exemple dans l'histoire financière des peuples. Ne restera t-il pas éternellement couvert de honte, cet homme du nom de Jean-Pierre Boyer, sous la présidence duquel le fisc de la république refuse de recevoir le papier qu'elle a créé, le papier dont elle se sert pour solder ses employés et ses soldats, pour effectuer en un mot tous ses paiements ?

On ne saurait imaginer cependant combien cette inutile armée obère le trésor, il n'y a rien d'exagéré à dire que ses guenilles épuisent les finances de l'état : elle absorbe, à elle seule, plus de la moitié du revenu général ! […] Sur un budget de 2.100.000 gourdes, car on doit mettre à part le chiffre de la dette nationale, voici l'armée qui dévore 1.639.297 gourdes; dans un pays de mornes qui n'a plus rien à craindre de personne, et dont toute la population, de quinze à soixante ans, appartient à la garde civique ! Or, devine-t-on combien cette république, qui dépense 1.639.297 gourdes pour tenir sous les armes 40.000 hommes dont elle n'a pas besoin ; devine-t-on combien elle en donne pour l'éducation publique d'un peuple plongé dans l'ignorance la plus profonde ? 15.816 ! 1.600,000 gourdes employées à retirer, à peu près, du travail les bras les plus vigoureux, 16.000 à créer des citoyens! Tout le gouvernement actuel d'Haïti est résumé là. Ai-je tort de dire que le mal vient de lui ?

Est-ce à dire que les gouvernants, ne sachant pas la première règle d'arithmétique, pêchent par ignorance ? Nous n'avons pas même ce moyen de les excuser. Non, cette supercherie financière a tout simplement pour but de présenter la république comme encore un peu plus pauvre qu'elle n'est. On dissimule ses ressources en vue de lui ménager un prétexte de manquer à ses jugements. C'est un débiteur qui cache ce qu'il possède afin d'obtenir quelque remise de son créancier. Cet avilissant calcul a eu plein succès. En effet, malgré l'emprunt opéré en Europe, Haïti après avoir acquitté le premier semestre de l'indemnité, cessa tout payement, et M. Boyer, en 1828, déclara insolvable l'administration dont il est le chef. La république naissante ne pouvait même pas solder l'intérêt de sa dette ! […]

Les commissaires que la France, fatiguée d'attendre, envoya en 1838 pour réclamer paiement, reconnurent qu'Haïti était hors d'état de s'acquitter, et le 2 février ils signèrent une convention qui réduisait l'indemnité à 60 millions, payables en douze années, sans intérêts. Ainsi, d'un côté, sous la présidence du général Boyer, la république d'Haïti, après avoir recula loi qu'imposait orgueilleusement la France, en est réduite à demander honteusement merci à son créancier : elle fait une sorte de faillite; et de l'autre, cet indigne chef, qui ne satisfait aux besoins moraux du pays par aucune amélioration, couvre son mauvais vouloir de l'obligation d'économiser pour solder l'indemnité !

Victor Schoelcher, Colonies étrangères et Haïti. Résultats de l’émancipation anglaise, vol. 2, Paris, Pagnerre, 1843.


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Note : « Une ordonnance royale, du 17 avril 1825, a accordé l'indépendance pleine et entière aux habitants actuels de la partie française de l'île de Saint-Domingue, sous la condition d'avantages commerciaux pour la France, et de verser, à la caisse des dépôts et consignations, en cinq termes égaux, de 30 millions chacun, et d'année en année, la somme de 150 millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameraient une indemnité. Une seconde ordonnance, du 1er septembre 1825 créa une commission préparatoire qui fut chargée de rechercher les bases et les moyens de répartition des 150 millions. Le résultat de ce travail fit connaître que cette indemnité représentait la dixième partie seulement de la valeur, en 1789, des biens immeubles dont les colons avaient été dépouillés par suite de l'insurrection qui sépara la colonie de la métropole. Ce point reconnu, ainsi que la possibilité de faire une équitable répartition de l'indemnité, la loi du 30 avril 1826, vint consacrer l'affectation, faite à l'indemnité des colons, des 150 millions imposés au gouvernement d'Haïti par L'ordonnance du 17 avril 1825. Elle régla les formes et le mode de la répartition, créa une commission qui fut chargée de la liquidation des immeubles suivant la consistance à l'époque du désastre et d'après la valeur des propriétés dans la colonie en 1789. L'indemnité fixée au dixième de cette valeur devait être délivrée aux réclamants par cinquièmes et d'année en année, c'est-à-dire dans la proportion et aux mêmes époques des versements que devait faire le gouvernement d'Haïti. » (Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements avis du Conseil d'état…, vol. 40, Paris, A. Guyot et Scribe, 1840)

Pour en savoir plus : 
  • François Blancpain, Un siècle de relations financières entre Haïti et la France : 1825-1922, Paris, L'Harmattan, 2001, 212 p.
  • Jean-François Brière, Haïti et la France, 1804-1848: le rêve brisé, Paris, Karthala éd., 2008, 354 p.
  • Léon-François Hoffmann, Frauke Gewecke, Ulrich Fleischmann, Haïti 1804. Lumières et ténèbres : impact et résonances d'une révolution, vol. n°121 de Bibliotheca Ibero-Americana, Iberoamericana Editorial, 2008, 288 p.
  • Michel Beniamino, Arielle Thauvin-Chapot, Mémoires et cultures : Haïti, 1804-2004 : actes du colloque international de Limoges, 30 septembre-1er octobre 2004, Presses Univ. Limoges, 2006, 290 p.