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mercredi 5 janvier 2011

"Quelle est donc la classe d’hommes qui pourrait désirer le retour de Buonaparte ?" (A. Jay, 1815)

"La Paix de l'Europe". Estampe antinapoléonienne de 1814. Coll. Brown Univ.

« Après vingt-cinq ans de troubles et de malheurs inouïs, la France respire enfin sous un gouvernement libéral et paternel ; les sources de la prospérité nationales sont ouvertes ; tous les citoyens, heureux et paisibles sous la protection des lois, peuvent se livrer sans crainte à des travaux utiles ; l’agriculture fleurit dans nos campagnes, l’abondance et la sécurité règnent dans nos villes, les espérances les mieux fondées embellissent l’avenir ; les liens d’amitié et de famille ne sont plus affaiblis par les défiances, les soupçons, les terreurs ; enfin, tout annonce aux Français le terme des calamités inséparables des grandes révolutions. Quel mauvais génie vient aujourd’hui troubler tant de félicités ! Quel peut être l’espoir de cet étranger banni, coupable de tous les maux qui nous ont accablés depuis quinze ans ; coupable surtout d’avoir attenté à la liberté publique, et courbé la France sous le sceptre de fer du plus odieux despotisme ?

Tant que, séparé du reste de l’Europe, et confiné dans une île de la Méditerranée, il ne présentait aux Français qui avaient eu le malheur de vivre sous ses lois que le spectacle de l’ambition déchue et de la folie impuissante, un sentiment de respect pour soi-même et de pitié peut-être trop généreuse pouvait étouffer le reproche et retenir le cri d’indignation ; comme il y avait peu de courage, il y avait peu de mérite à l’attaquer ; mais aujourd’hui qu’il ose pénétrer à main armée sur notre territoire, aujourd’hui qu’infidèle à ses promesses, aux traités les plus solennels, il nous apparaît comme le spectre sanglant de la tyrannie, chaque Français se doit à lui-même, et doit à sa patrie de manifester ses vrais sentiments, et de se rallier autour du trône constitutionnel, seule garantie du repos et du bonheur de la France.

Quelle est donc la classe d’hommes qui pourrait désirer le retour de Buonaparte ? Sont-ce les pères de famille dont il décimait les enfants ; les citoyens industrieux dont il arrêtait les travaux ; les habitants des campagnes soumis à des impôts arbitraires, et les braves défenseurs de la patrie dont il usurpait la gloire, et qu’il exposait sans remords à la rigueur dévorante des hivers plus terribles que le fer de l’ennemi ?

On lit, dit-on, sur ses drapeaux, cette inconcevable devise : la liberté, la gloire et la paix. La liberté ! Il en fut l’assassin ; la victoire ! ses fautes et la fureur de son ambition ont amené l’étranger dans la capitale même de la France ; la paix ! Il n’a vécu que pour la guerre et par la guerre. Combien de fois n’a-t-il pas repoussé la paix qui est l’objet de tous nos vœux ! et par quelle dérision amère nous parle-t-il de paix au moment même où il nous menace de toutes les horreurs de la guerre civile !

Et si nous détournons les yeux de cet insensé pour les fixer sur le gouvernement légitime que le Ciel nous a donné dans sa miséricorde, quels puissants motifs n’y trouverons-nous pas de le défendre contre toutes les attaques ! Un roi éprouvé par le malheur est remonté au trône de ses pères, et la clémence et la paix se sont assises à ses côtés. Une charte protectrice de toutes nos libertés est le premier bienfait de son retour. Ses paroles consolantes ont réconcilié tous les Français avec eux-mêmes ; et si quelques voix imprudentes se sont élevées contre sa volonté sacrée, elles se sont perdues dans le concert unanime de bénédictions qui ont proclamé l’oubli du passé, le sécurité du présent et le bonheur de l’avenir.

Que l’Europe soit attentive à ce qui se passe aujourd’hui en France. Ce sera une grande leçon pour les peuples et pour les rois. A peine la nouvelle du débarquement de Buonaparte est-elle connue, que Louis le Désiré s’empresser de convoquer les fidèles représentants du peuple. C’est la nation qu’il appelle au secours de la monarchie contre le despotisme. Il sait que la nation et le roi n’ont point d’intérêt séparé, que leur destinée est commune, et que, réunis, ils peuvent braver, non seulement les tentatives d’un aventurier, mais les efforts combinés de tous leurs ennemis extérieurs.

Jusqu’au moment où Buonaparte a été déchu, et même peut-être jusqu’à celui où il a renoncé pleinement et librement à l’autorité dont il avait fait un si terrible usage, on a pu sans honte obéir au chef de l’Etat ; mais il a brisé lui-même tous les liens qui existaient entre lui et les Français ; il a délié l’armée du serment de fidélité qui l’attachait à ses drapeaux. Nos braves militaires ont prêté un nouveau serment. Ils ont attachés par des nœuds indissolubles à la patrie et au roi. Ces guerriers, pleins de courage et de loyauté, dont les mémorables exploits ont forcé l’Europe à l’admiration, ne comptent dans leur rang, ni lâches, ni traîtres. Ces représentants de l’honneur national forment autour du trône un rempart inexpugnable contre lequel viendront se briser tous les efforts de la malveillance et de la trahison. »

Antoine Jay, Journal de Paris, 10 mars 1815.

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Antoine Jay (1770-1854). Initialement partisan de l'Empire, il se rallie à la Monarchie en 1814, rejoint le camp napoléonien pendant les Cent-Jours, puis se rallie à nouveau à la Monarchie après le désastre de Waterloo (juin 1815). 
   
« … L’empereur a brisé le joug de plomb qui chaque jour s’appesantissait davantage sur nous ; et maintenant nous trouvons cela tout simple et tout naturel. La même chose arriva à Christophe Colomb lorsqu’il eût découvert le Nouveau Monde.

Mais qu’on pense à ce qu’il a fallu de force d’âme et de décision pour sortir d’une île de la Méditerranée, se jeter avec douze cents hommes à l’une des extrémités de la France, et arriver à Paris avec la rapidité de l’éclair. L’histoire plus équitable dira qu’il n’y avait que lui qui, sans guerre civile, pût concevoir et achever cette grande entreprise. Il est encore le seul homme qui puisse fonder la liberté publique en France…

La constitution est maintenant dans toutes les têtes, parce qu’elle se réduit à un petit nombre d’idées raisonnables. La sûreté des personnes et des propriétés, l’égalité des droits, la liberté de penser et d’écrire, la représentation nationale assurée, l’inviolabilité du chef de l’Etat, la responsabilité des ministres, voilà à peu près tout ce que nous désirons. La dynastie de l’homme à qui nous serons redevables de ces avantages sera éternelle.

Alors ce serait bien en vain que les puissances étrangères voudraient nous faire la guerre. Elle n’aurait aucun but. Nous sommes tranquilles chez nous ; et le peuple français a un sentiment trop profond de sa force et de sa dignité pour souffrir l’intervention de l’étranger dans ses affaires intérieures. Aucun prétexte ne pourrait la justifier. La nation et le gouvernement veulent la paix ; mais ils veulent surtout la liberté. »

Antoine Jay (1770-1854), Journal de Paris, 7 avril 1815.

lundi 30 août 2010

"Le vaisseau de l'Etat rentre enfin dans le port..." (H. Muraire, 1814)

"Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs" (Saadi). Dessin ornant l'édition originale de : anonyme, Dictionnaire des Girouettes ou, nos contemporains peints par eux-mêmes... par une Société de Girouettes, Paris, A. Eymery libraire, 1815.








Honoré Muraire*, discours adressé à Monsieur, comte d’Artois, le 9 avril 1814 :

« Monseigneur,

Après une trop longue et trop violente tempête, le vaisseau de l'état rentre enfin dans le port. La France retrouve son véritable roi, et les Français un père dans le sein duquel ils oublieront leurs malheurs. Tout ce qu'un événement si heureux a produit d'allégresse et d'enthousiasme, tout ce que ce jour à jamais mémorable de bonheur et d'amour, de régénération et d'espérance, de réconciliation et de paix , a produit d'émotions et de sentiments, !a cour de cassation l'a éprouvé, elle l'a ressenti, elle l'a partagé. Eh ! comment le premier corps de la magistrature française ne bénirait-il pas le retour d'un règne et d'un monarque qui assurent aux lois une action entière et libre, aux tribunaux l'indépendance et la considération sans lesquelles ils ne peuvent exister, et aux citoyens le cours invariable et régulier de la justice, et surtout l'ordre naturel et jamais interverti des juridictions !

Monseigneur, nous vous remercions de ces premiers bienfaits ; nous vous remercions de tous ceux que le retour de Louis XVIII et celui de V. A. R. promettent à la France, et nous vous supplions d'agréer pour votre auguste frère, comme pour vous-même, la vive et franche expression de notre amour, de notre respect et de notre fidélité. »


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H. Muraire, discours adressé à l'Empereur Napoléon Ier, le 27 mars 1815 :

« Sire,

La profession des sentiments dont votre cour de cassation vous apporte l'hommage, ne peut être aujourd'hui que la profession des principes qu'elle s'honore de proclamer en vous saluant comme seul, véritable et légitime souverain de l'empire. Cette souveraineté, instituée par la nation et pour elle, vous fut déférée par son vœu lorsqu'elle vous appela à un trône vacant et abandonné. Ce vœu national vient de se manifester encore avec autant d'unanimité et plus d'énergie : partout il a été l'élan des cœurs, sans violence, sans contrainte ; car tous ont été pour vous, par un mouvement spontané, volontaire, et libre de toute influence. La légitimité de votre souveraineté pourrait-elle donc être méconnue, lorsqu'elle repose sur la base indestructible de la volonté libre du peuple, français ?...

Eh! quel chef plus digne d'une nation libre et généreuse, que celui qui reconnaît que les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois : qui ne veut régner que par une constitution faite et acceptée dans l'intérêt et par la volonté de la nation qui ne veut gouverner que par les lois et pour maintenir également et indistinctement les droits de tons ! Sire, ces principes sont de toute éternité ; le progrès des lumières du siècle, de ce siècle qu'on a essayé de faire reculer, n'a fait que les mettre dans une plus grande évidence : l'ignorance et les préjugés ont disparu devant eux, et V. M. a acquis des droits immuables à la reconnaissance, non seulement de la France, mais de toutes les nations civilisées, pour les avoir sauvées de la subversion de tous leurs droits et de la rétrogradation de la raison universelle....

Signé : Comte Muraire, président. »

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* Honoré Muraire (1750-1837), avocat au Parlement d'Aix, élevé à la dignité de Comte d'Empire en 1806, il exerce les fonctions de Premier président de la Cour de Cassation du 15 ventôse an IX au 15 février 1815, puis de nouveau pendant les Cent-Jours.

mardi 30 mars 2010

Le dessein européen de Napoléon III (Emile Ollivier, L'Empire libéral...)

L'Italie reconnaissante (1862) par Vincenzo Vela (1810-1891), musée du château de Compiègne.

« Prenez les théories démocratiques telles que Lamennais, Armand Carrel, à la fin Lamartine, nos penseurs, nos poètes populaires les avaient formulées ; mêlez-y quelques idées du grand poète et du grand penseur de Sainte-Hélène ; relisez les discours frémissants de Thiers avant 1848 en faveur de l’union de l’Italie sous l’épée de Charles-Albert et le bâton pastoral de Pie IX ; celui de Cavaignac, le 23 mai 1849, sommant le ministère de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder l’indépendance et la liberté des peuples ; rappelez-vous surtout le fameux ordre du jour du 24 mai 1848, voté à l’unanimité, comme règle de la politique future de la France : "pacte fraternel avec l’Allemagne, reconstitution de la Pologne indépendance, affranchissement de l’Italie." Combinez ces écrits, ces paroles et ces actes ; tirez-en une règle de conduite, et sans vous perdre en conjectures, en dissertations ou en étonnements, nous aurez la définition rigoureuse de toute la politique [extérieure] de Napoléon III.

Une simple formule la résume : elle fut celle des nationalités.

En adoptant ce principe de la Révolution de 1848, il en mesure la portée et la signification. La nationalité n’est déterminée ni par l’identité des idiomes ni par la conformité des races, ni même par la configuration géographique ou la conformité d’idées nées d’intérêts et de souvenirs communs, elle est uniquement constituée par la volonté des populations, elle est l’application au dehors du principe de la souveraineté nationale, fondement intérieur de l’Etat. […]

Ce principe n’était plus une pure rêverie de philosophe depuis que, le prenant dans les profondeurs populaires, la Révolution de Février l’avait élevé à la dignité d’un axiome d’Etat ; il n’avait pas encore agi sur les événements. Napoléon III lui fit opérer sa dernière évolution ; il l’incarne dans les faits et le réalise ; par lui il descend des nuages, il marche à la tête des armées, dicte les traités de paix, règle le maniement des empires. Napoléon Ier avait dit à Sainte-Hélène : « le premier souverain qui, au milieu de la grande mêlée, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à la tête de l’Europe et pourra tenter tout ce qu’il voudra. » C’est ce qui a inspiré Napoléon III.

Il avait été préparé à ce rôle par son éducation cosmopolite à Augsbourg et en Suisse. La reine Victoria lui trouvait l’esprit plus allemand que français ; nul doute que si l’on eût interrogé sur lui Arese et ses amis italiens, il ne l’eussent déclaré surtout italien ; les Polonais le considéraient tellement comme des leurs, qu’en 1831 ils lui proposèrent d’être un des chefs de l’insurrection. Ils se trompaient tous : il était Français, ardemment Français ; il croyait que la véritable manière d’illustrer, d’élever la France au XIXe siècle, était non de reculer ses frontières à quelques territoires de peu d’étendues, mais de la faire rayonner protectrice et bienfaisante sur tous les territoires où retentissait l’appel à l’indépendant et à la Liberté. Napoléon Ier avait conquis pour affranchir, lui affranchit sans conquérir. Chaque Nation a sa destinée ; la nôtre est d’être tour à tour l’apôtre, le soldat, le martyr du droit éternel : Gesta Dei per Francos. Quoi qu’il nous arrive, nous sommes rivés à cette auguste prédestination. […]

Il s’efforçait […] d’amener les Souverains à un Congrès dans lequel eussent été examinés ou plutôt confirmés les changements opérés ou imminents et qui eût établi une charte territoriale nouvelle de l’Europe. La réunion d’un Congrès solennel, en quelque sorte œcuménique, de ce congrès ajournée à un avenir indéfini, effaçant par l’importance et surtout par la nouveauté de ses décisions le Congrès de Vienne, tel a été le but auquel a tendu sans cesse l’Empereur. C’était le sens de cette révision des traités de 1815, c’est l’explication de ses remuements perpétuels, de ses projets sans cesse renaissants, de son impossibilité à se tenir tranquille. Véritable représentant des idées de son temps, patriote humanitaire à la moderne, poursuivant la délivrance des nationalités et non des extensions territoriales, il eût voulu conquérir le droit de dire : les traités faits contre Napoléon Ier ont été déchirés par Napoléon III ; et la France, les mains nettes, se contentant d’avoir aboli cette charte de sa défaite, n’a demandé pour sa peine que l’affranchissement des peuples opprimés ; c’est ainsi qu’elle a vengé Waterloo et Sainte-Hélène ! »

Emile OLLIVIER (1825-1913), L’Empire libéral : études, récits, souvenirs. Tome premier, « Du principe des nationalités », Paris, Garnier frères, 1895, p. 97-104.

jeudi 21 janvier 2010

Proclamation de Rimini (Murat, 30 mars 1815)


 « Italiens,
L'heure est arrivée où de grandes destinées doivent s'accomplir. La Providence vous appelle enfin à la liberté; un cri se fait entendre depuis les Alpes jusqu'au détroit de Scylla, et ce cri est : l'indépendance de l'Italie. De quel droit des étrangers pourraient-ils vous ravir cette indépendance, le premier droit et le premier bien de tous les peuples ? De quel droit viendraient-ils dominer sur vos plus belles contrées, et s'approprier vos richesses pour les transporter dans des contrées qui ne les ont pas produites ? Quels droits ont-ils de disposer de vos enfants, de les faire servir à leur ambition, et de les conduire à la mort, loin des tombeaux de leurs ancêtres ? La nature aurait donc en vain élevé pour vous les remparts des Alpes ! Elle -vous aurait donc en vain entourés des barrières plus fortes encore, telles que la différence du langage, la diversité des mœurs, et l'invincible antipathie des caractères ! Non ! Non ! Que toute domination étrangère disparaisse du sol italien ! Vous avez été jadis les maîtres du monde, et vous avez expié cette gloire dangereuse par vingt siècles d'oppression. Mettez désormais votre gloire à ne plus avoir de maîtres. Tous les peuples doivent se tenir dans les bornes que la nature leur a assignées; des mers, des montagnes inaccessibles, voilà vos limites. Ne pensez jamais à les franchir; mais repoussez l'étranger qui ne les a pas respectées, s'il ne se hâte de rentrer dans les siennes. Quatre-vingt mille Italiens du pays de Naples entrent en campagne, sous les ordres de leur roi, et jurent de ne prendre aucun repos avant que l'Italie soit délivrée ; et déjà ils ont prouvé qu'ils savaient tenir leurs serments.

Italiens des autres contrées ! Secondez ce dessein magnanime; que ceux qui ont porté les armes les reprennent ; que la jeunesse apprenne à les manier ; que tous les cœurs nobles adressent, au nom de la patrie, des paroles de liberté à tous les Italiens ; que la force du peuple se déploie dans toute son énergie et sous toutes les formes ! Il s'agit de savoir si l'Italie sera libre, ou si elle restera encore pendant des siècles courbée sous le joug de la servitude ! Que la lutte soit décisive, et nous assurons pour longtemps le bonheur de notre belle patrie qui, bien que sanglante et déchirée, est encore l'objet de l'admiration des hommes éclairés de tous les pays. Les peuples dignes d'être régis par des institutions libérales ; les princes qui se distinguent par la grandeur de leur caractère, se réjouiront de votre entreprise et applaudiront à votre triomphe.

L'Angleterre même, ce modèle des gouvernements constitutionnels, ce peuple libre qui met sa gloire à combattre pour l'indépendance et à prodiguer ses trésors pour atteindre ce but glorieux, pourrait-elle ne pas applaudir à vos nobles efforts ? Italiens ! Vous avez été longtemps étonnés de nous appeler en vain ; vous avez peut-être blâmé notre inaction, lorsque vos vœux se faisaient déjà entendre de no us ; mais le temps opportun n'était pas encore arrivé ; nous n'avions pas encore reçu la preuve de la perfidie de vos ennemis.... Il était nécessaire que l'expérience vous éclairât sur les promesses fallacieuses de vos anciens maîtres, lorsqu'ils reparurent au milieu de vous ; vous avez vu combien leur libéralité est vaine et fausse!

Je prends ici à témoin les honnêtes et infortunés Italiens de Milan, de Bologne, de Turin, de Venise, de Brescia, de Modène, de Reggio, et d'autres villes célèbres. Combien de braves guerriers et de vertueux patriotes ont été arrachés au sol paternel ! Combien gémissent dans les prisons ! Italiens, il faut des dédommagements pour tant de maux ! Unissez-vous ; et qu'un gouvernement de votre choix, une représentation vraiment nationale, une constitution digne du siècle et de vous, protègent votre liberté et vos propriétés. Mais il faut que votre courage devienne le gage de votre indépendance. Je somme tous les braves de venir combattre à mes côtés ; j'appelle tous ceux qui ont réfléchi sur les intérêts de leur patrie, à préparer la constitution et les lois qui doivent régir détonnais l'heureuse et indépendante Italie. »

JOACHIM NAPOLÉON. »

 La réplique de Ferdinand 1er (1751-1825) :
 
« Napolitains,
La cause de Murat est perdue : elle était aussi injuste que honteuse. Une ère nouvelle s'ouvre à vous.
Peuples du Samnium, de la Lucarnes, de la Grande-Grèce et des Fouilles, empressez-vous de revendiquer vos droits ! Un étranger les a violés. Pénétré par surprise dans la plus belle partie do l'Italie, il s'est donné le titre de conquérant. Sous ce titre, il s'est permis de dilapider vos fortunes, d'exposer vos enfants et vos frères aux dangers et aux horreurs de la guerre! Qu'espérez-vous d'un soldat fugitif et perfide? L'opprobre, la misère, le désespoir et la mort; voilà les fruits que vous recueillerez de celui qui vous a commandé pour vous conduire à la ruine ! L'homme qui cherche dans le désespoir sa dernière ressource peut-il vous promettre la gloire et la paix ?

Un prince s'avance pour vous sauver. Ses aigles victorieuses ne porteront sur votre territoire que la paix, le calme et la richesse. Vous, enfants dociles des Sabins, venez avec les drapeaux de la concorde, venez au-devant de votre père, de votre libérateur, qui est déjà sous vos murs ! Il n'aspire qu'à faire votre bien, votre bonheur durable. Il travaillera à vous rendre un objet d'envie pour le restant de l'Europe. Un gouvernement stable, sage et religieux vous est assuré. Le peuple sera souverain, et le prince deviendra le dépositaire des lois que dictera la plus forte et la plus désirable des constitutions. Ouvrez vos églises et vos sanctuaires! Votre père y entrera, la tête découverte, pour délivrer de la persécution la religion et ses ministres. Chantez des hymnes de gloire au dieu des armées, qui vous a arrachés de l'oppression et délivrés de votre ruine! Venez, accourez dans les bras d'un père généreux ! Il est prêt à lever la main du pardon. Il ne se rappelle les offenses que pour vous unir, pour vous pardonner. Douterez-vous des promesses d'un père, de celui qui, né au milieu de vous, partage tout avec vous : les lois, les mœurs et la religion ?

Au nom du Congrès, je remonte sur mon trône légitime, et à ce nom même je vous promets en tout amour et pardon.
FERDINAND. »