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dimanche 28 novembre 2010

"Ils croient en Saint Nicolas comme ils croient en Dieu" (Revue britannique, 1842)

« Quinze jours environ avant Noël, Pelzmichel ou le Knecht Rupert vient rendre sa visite annuelle aux enfants. Car ce personnage célèbre représente le grand saint Nicolas… […]

Pelzmichel a toujours un costume extraordinaire qui produit une impression profonde sur l'esprit des enfants. Sa main droite est armée d'un fouet ; derrière son dos pend un énorme sac dont on ne voit jamais le fond ; une chaîne de fer qui lui sert de ceinture retombe jusque sur ses talons et fait un bruit mystérieux quand il marche. Souvent il a un nombre considérable de petites cloches suspendues autour de lui. On l'appelle le Knecht Rupert, parce qu'on le regarde comme le serviteur du Christ-Kindchen (Enfant-Christ), qui l'envoie annoncer son arrivée pour la veille de Noël. Ce rôle important est en général confié à un vieux domestique. Les enfants âgés de huit à neuf ans sont mis dans le secret, mais ils le gardent avec la plus scrupuleuse fidélité. Leurs petits frères et leurs petites sœurs ne se doutent même pas de la supercherie. Ils croient en Pelzmichel comme ils croient en Dieu. Dès le mois de novembre, leurs parents leur répètent que Noël approche et que Pelzmichel va bientôt venir. "Si vous avez été sages, leur disent-ils, il vous récompensera ; s'il n'est pas satisfait de votre conduite, il vous châtiera; car il sait et il voit tout ce que vous faites."

Enfin, l'avant-veille de la Saint-Nicolas, le soir, lorsque toute la famille est rassemblée, le père ou la mère annonce d'une voix solennelle que Pelzmichel arrivera le lendemain à six heures précises.

Avec quelle crainte respectueuse, avec quelle impatiente curiosité, les enfants attendent cette heure à la fois si désirée et redoutée ! Pâles, immobiles, muets, ils suivent des yeux l'aiguille qui s'avance lentement vers le chiffre fatal, ils prêtent l'oreille au moindre bruit ; plus l'instant approche, plus ils sont émus... car ils savent que Pelzmichel est exact. Tout à coup, au moment même où six heures sonnent, on frappe à la porte de la rue... un même cri s'échappe de toutes les bouches : c'est Pelzmichel ! puis le silence redevient aussi profond qu'il l'était auparavant. L'attention redouble, car la porte de la rue s'est ouverte, et on entend- déjà dans l'escalier un bruit extraordinaire, un pas lourd qui retentit sur les marches, des clochettes qui sonnent, des chaînes qui s'entrechoquent, des voix qui se répondent... Enfin la porte du salon s'ouvre à son tour, et apparaît sur le seuil Pelzmichel en personne suivi de tous les domestiques de la maison ; aucun des assistants n'ose ni parler ni bouger. Pelzmichel s'avance gravement jusqu'au milieu du salon, et prenant la parole, il annonce à son jeune auditoire qu'il est envoyé par le Christ-Kindchen pour récompenser les bons et punir les méchants. Puis il fait subir un interrogatoire à tous les enfants, qui l'écoutent tremblants d'espérance et de crainte. Commençant par le plus âgé et finissant par le plus jeune, il leur demande s'ils ont bien employé leur temps pendant l'année; souvent il les prie de lui montrer leurs cahiers d'études ; il manifeste hautement son opinion sur leurs progrès, il leur prouve par son langage qu'il est instruit de toutes leurs actions, bonnes ou mauvaises. Son interrogatoire achevé, ses arrêts prononcés, il distribue des récompenses à tous ceux qui les ont méritées. Presque toujours, le plus jeune des assistants lui récite, comme une prière, un petit couplet que sa nourrice lui a appris :

Christ-Enfant. Viens ;
Fais-moi bon :
Afin que j'aille vers toi dans le ciel.

Pelzmichel parle avec sévérité et en agi tant à leurs yeux le fouet qu'il tient à la main, aux enfants qui ont été paresseux, entêtés, désobéissants, gourmands, menteurs, etc. Rarement il châtie lui-même les coupables, mais il remet son fouet au chef de la famille, il lui recommande de s'en servir lorsqu'il le jugera nécessaire, sinon, dit-il d'une voix menaçante, "je viendrai moi-même en faire usage." "D'ailleurs, ajoute-t-il, la veille de Noël, vous recevrez la visite du Christ-Kindchen, et ce jour-là, il se chargera de vous récompenser ou de vous punir; si vous clés sage, vous trouverez beaucoup de belles choses sur l'arbre de Noël ; sinon, vous serez garrottés de chaînes pesantes, entraînés au fond des bois dans des montagnes solitaires, enfermés dans une grotte sombre et humide, avec des serpents, des hiboux, des crapauds et des salamandres." Cette dernière harangue terminée, Pelzmichel ouvre son grand sac pendu derrière son dos et en tire des noisettes, des pommes et des gâteaux, qu'il distribue à tous les enfants sans exception, puis il en jette une énorme poignée sur le plancher. Pendant que les enfants se précipitent à terre pour les ramasser, il disparaît.

La visite de Pelzmichel produit toujours un merveilleux effet. Les parents répètent souvent à leurs enfants les éloges et les reproches qu'il a adressés à chacun d'eux en particulier ; ils leur rappellent que Pelzmichel connaît toutes leurs actions et devine toutes leurs pensées ; ils les engagent à se corriger de leurs défauts s'ils désirent obtenir quelques récompenses du Christ-Kindchen, Pendant quinze jours tous les enfants de la confédération germanique sont métamorphosés en de véritables petits saints. »

A. J. , « Un hiver en Allemagne », Revue britannique : Choix d'articles traduits des meilleurs écrits périodiques de la Grande-Bretagne, vol. 1, Bruxelles, Méline, 1843 (traduit de William Howitts, Rural & domestic life of Germany, Londres, 1842).

lundi 4 octobre 2010

"Les parents qui veulent avoir des enfants obéissants doivent avant tout obéir eux-mêmes à Dieu" (anonyme, 1842)

Hubert Salentin (1822-1910), "Retour de baptême" (v. 1860-70).


« Le corps délicat de l'enfant sert d'enveloppe à son âme immortelle, et le développement de cette âme tient de près à celle du corps. Les soins qu'elle exige sont de la plus grande importance ; ils appartiennent exclusivement dans les premières années, à l'amour, à la vigilance, à la fidélité maternelles, et l'avenir de l'homme en dépend.

Le premier soin d'une mère pour soit enfant consiste à présenter à Dieu en sa faveur des prières pleines de foi et d'amour. L'influence du Saint-Esprit et les effets de sa grâce lui sont tout aussi nécessaires qu'à l'homme mûr, et il n’y est pas moins accessible que lui. Le manque de connaissance de la part de l'enfant ne doit pas être un obstacle, et l'on se trompe lorsqu'on croit que l'enfant ne peut recevoir des grâces qu'autant qu'il en comprend l'étendue. Le souvenir des bénédictions que le Seigneur a répandues sur des enfants qui lui ont été présentés dans la prière, peut servir d'exemple pour combattre cette erreur. Une mère obtiendra beaucoup de bénédictions pour son enfant, en les demandant à Dieu, avant même que l'enfant ne soit né.

Les plus jeunes enfants ont besoin qu'on s'occupe de leur salut, puisqu'ils apportent en naissant le germe de beaucoup de mal. Ne tardez donc pas à les recommander aussitôt que possible à la grâce du Seigneur Jésus-Christ, qui s'est donné soi-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de nous purifier pour lui être un peuple particulier et zélé pour les bonnes œuvres.

L'éducation de l'âme de nos enfants devra commencer de notre côté par la prière, et en les confiant d'abord à la garde de notre Dieu. Pendant leurs heures de sommeil, dans le silence de la chambre de l'enfant, pendant leurs repas, et chaque fois que le cœur s'y sentira porté, on répétera ces prières intimes, qui retomberont en bénédiction sur nos enfants au jour où tout ce qui a été caché sera mis en évidence.

L'attention des parents devra se porter en second lieu sur le développement de l'amour et de la reconnaissance dans le cœur de leurs enfants. La douce bienveillance, le dévouement, les secours donnés par le cœur, une surveillance fidèle et affectueuse réveilleront dans le cœur de l'enfant qui ne peut rien donner en retour, des regards d'amour et d'attachement qui sont le commencement de la reconnaissance. Ces sentiments de l'enfant envers ceux qui lui donnent des soins, ouvrent son jeune cœur au développement de ses meilleures facultés.

L’enfant porte naturellement dans son cœur la disposition à l'égoïsme, à l'envie, à la colère, à l'avarice, etc., etc., et toutes ces dispositions se manifestent de bonne heure. L'entêtement, l'amour-propre, les désirs égoïstes révèlent l'existence du péché naturel à l'homme, et il faut de bonne heure chercher à le combattre. Il faut opposer à l'amour-propre une affection sage et véritable; à l'envie, la bienveillance; à la colère, la douceur et l'aménité; à l'avarice et au désir de posséder tout ce qui plaît, une sage bienveillance qui donne là où elle peut donner, et qui refuse sagement ce qui ne peut être accordé. Tout ce que l'enfant cherche à obtenir par des cris et des bouderies devra lui être refusé avec douceur mais avec fermeté. Qu'on ne le fasse jamais dans un accès d'humeur ou d'impatience; autrement l'entêtement serait opposé à l'entêtement, ce qui augmenterait le mal, et d'ailleurs le mal ne peut être vaincu que par le bien. […]

Tant que les enfants n'ont pas encore acquis la conscience d'eux-mêmes, tant qu'ils ne peuvent pas prononcer ni comprendre l'idée du moi, et qu'ils n'ont pas une idée claire de ce qui est mal, on ne peut pas songer à des punitions sévères. Mais arrivés à l'âge de trois ans, les petites corrections deviendront indispensables. Qu'on ait garde de n'employer la verge que dans les cas les plus graves. Toutes les punitions que dans les sept premières années on aura négligées, soit par mollesse ou par une tendresse mal entendue, donneront à souffrir plus tard aux parents et aux instituteurs.

La troisième partie du soin de l'âme des enfants consiste à former en eux l'esprit d'obéissance. Ce devoir sera facilité si on les traite avec douceur, affection et sérieux, en ne donnant que des ordres réfléchis, fondés sur la raison, et en ayant bien soin de ne rien leur défendre ni ordonner avec humeur; on donnera les ordres avec calme, sans trop de paroles, et une fois qu'ils seront donnés on exigera une obéissance aveugle. En négligeant ces précautions, on rendra l'obéissance au contraire très difficile, comme cela se voit si fréquemment, là où les parents donnent légèrement des ordres, qu'ils révoquent plus tard sans fermeté ou qu'ils accompagnent de menaces inutiles ou d'exhortations infructueuses.

Les parents qui veulent avoir des enfants obéissants doivent avant tout obéir eux-mêmes à Dieu, et après lui aux personnes qui sont leurs supérieurs. Si nous nous détachons de Dieu, nos enfants se détacheront de nous, et la désobéissance envahira notre cercle de famille. Toute exhortation à l'obéissance sera infructueuse sans un retour sincère de la part des parents et des personnes occupées d'éducation à l'obéissance à Dieu, et à Dieu par Jésus-Christ. Car c'est Lui qui est le Seigneur. »

Société de Livres religieux, Du soin des petits enfants, Toulouse, Imp. K.-Cadaux, 1842.