Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

dimanche 24 octobre 2010

"Obéissance absolue et passive dans les masses, voilà la politique du catholicisme" (anonyme, 1845)

« L'unité et l’infaillibilité dans le pouvoir, l'obéissance absolue et passive dans les masses, voilà la politique du catholicisme. Cette politique est fondée d'abord sur la notion même du pouvoir. Tout pouvoir appartient a Dieu, qui règne absolument et arbitrairement sur le ciel et sur la terre.

Dieu, en donnant sa révélation, a établi une foi que les hommes ne sont pas appelés à juger, et une hiérarchie inspirée ou du moins divinement assistée, pour interpréter cette loi et la hiérarchie accepte la souveraineté de fait, comme une puissance qui vient de Dieu, et a toujours prêché aux peuples l'obéissance aux monarques absolus, en tout ce qui n'attaquait pas la foi. Voilà donc deux arguments contre la démocratie l'idée du pouvoir considéré dans sa source, et la pratique constante de l'Église.

Il est facile de prouver la même chose par des raisons générales et des exemples particuliers. Et d'abord la loi catholique est essentiellement monarchique et absolutiste en elle-même, et ne doit tendre qu’à façonner les gouvernements humains à son image. Pour les catholiques, la liberté consiste à pouvoir faire ce qu'on doit. Tout est arrêté, tout est défini il n'y a rien à examiner. Donc l'organe de la loi doit être simple et unique comme elle.

La démocratie est le gouvernement du doute et du bon plaisir des majorités ; peu importe qu'un principe soit vrai en lui-même il devient vrai pour la république, dès que le peuple l'a voulu aussi la minorité des sages est-elle toujours opprimée dans les gouvernements populaires.

Le catholicisme politique, c'est la foi au gouvernement et le gouvernement de la foi. Les croyants n'ont pas besoin d'un sénat qui délibère : la loi est là ! Il s'agit de savoir si elle affirme ou si elle nie en telle ou telle circonstance un enfant suffirait pour prononcer. D'ailleurs la foi catholique enseigne que tout homme qui se trouve à la tête du gouvernement a une grâce toute spéciale qui le soutient et le dirige, et ne permet pas aux sujets de juger les actions du maître que la Providence leur impose.

Il n'y a dans le monde que deux classes d'hommes ceux qui veulent faire ce que Dieu veut et ceux qui veulent faire ce qu'ils veulent. Les uns admettent une loi absolue, et se soumettent à quiconque est reconnu d'eux pour l'interpréter légalement les autres n'admettent que leur bon plaisir, et sont obligés de se consulter entre eux pour s'entendre, s'ils ne veulent pas se battre ou s'ils sont las de se battre. Ainsi la majorité l'emporte, et soumet la minorité à ses exigences et à ses caprices.

Voilà les vrais principes philosophiques du catholicisme en matière de gouvernement ; demandez aux docteurs et aux théologiens les plus accrédités en France et en Italie, vous verrez si l'on vous en impose et si même on vous a dit tout. »

[Anonyme], Paix ! paix ! Réprimande adressée par un abbé et un théologien à Timon, qui n'est ni l'un ni l'autre, Paris, chez les marchands de nouveautés, 1845.

mardi 7 septembre 2010

"La république doit son hommage aux principes seulement, et non pas à des noms propres" (Le Tocsin des Travailleurs, 1848)


"Il ne vous manque plus que le masque" (La Revue comique à l'usage des gens sérieux, 1848)


« De braves électeurs démocrates ont voté pour le prince ; c’est une faute très grave. La république doit son hommage aux principes seulement, et non pas à des noms propres, surtout lorsque ces noms rappellent le despotisme du sabre. »


« Paris, le 12 juin.
LE NAPOLÉONISME

Gloire à Napoléon, honte aux singes du grand homme !

Lorsque la République de nos pères nous eût donné la foi politique, l’unité morale, une invincible armée, Napoléon s’empara de tout en despote : ce fut son crime. Cependant il força l’Europe à subir l’esprit de la révolution qui planait au-dessus des aigles de l’empire. C’est pourquoi, vivant ou mort, il fut pardonné, admiré, aimé par la France ; nous sommes quittes.

Que nous veut sont neveu ? S’il rentrait en républicain sincère, soit ; mais M. Louis Bonaparte ne rentre t-il pas en Bonapartiste ? Fût-il un citoyen irréprochable, il est pris comme un drapeau par des intrigants par des fanatiques, et il le souffre. Point de milieu : c’est un ambitieux ou un niais. Dès lors, il est dangereux par lui-même ou dangereux par le parti dont il est le mannequin et l’enseigne.

Quoi ! nous n’en finirons jamais avec la racaille des prétendants qui se disputent le gouvernement de la France comme leur propriété légitime ? Nous avions une kyrielle de Bourbons, il nous fallait encore des Bonaparte ? Peuple, seras-tu éternellement le jouet de cette populace de princes qui s’évertuent à filouter la souveraineté au nom du principe dynastique ?

Qu’est-ce enfin que M. Louis Bonaparte ? A peine a-t-il été nommé représentant du peuple, une partie de la tourbe des réactionnaires l’a salué comme un le héros d’un nouveau 18 brumaire ; selon leurs espérances, c’est un secret de famille chez les Bonaparte.

Peuple, en 1799, pour étouffer ta liberté, il ne fallut pas moins que le vainqueur de l’Italie et de l’Egypte. Si le Directoire tomba, si la nation fléchit, ce fut devant le glorieux émule d’Annibal et d’Alexandre. Et le peuple de 1848 se laisserait souffler la République par l’écolier qui commit les sottes escapades de Strasbourg et de Boulogne ? Es-tu donc si dégradé, peuple, que tes pères aient plié sous la botte qui avait foulé les Alpes et les Pyramides, et que toi, vaillant soldat des barricades, tu cèdes au Petit-Poucet chaussant la botte de sept lieues du géant ?

Jamais danger ne fut plus ridicule, jamais ridicule ne fut plus dangereux ; c’est une farce tragique.

M. Louis Bonaparte a une affliction de naissance, c’est son nom. Depuis le berceau, il a le cauchemar de la gloire et de la puissance du régime extraordinaire dont il se croit le représentant. Tout ce que l’oncle faisait, le neveu le fait ou veut le faire ; c’est sa monomanie. L’oncle commença par être artilleur, le neveu a débuté par l’exercice du canon. L’oncle contint les destinées publiques entre ses mains : depuis douze ans, le neveu travaille à se distendre le pouce et l’index suffisamment pour étreindre la France par un bout, et la France lui glisse toujours entre les doigts. A cette heure, il frappe aux portes l’Assemblé nationale. S’il avait à usurper le pouvoir, il n’en a pas la poigne ; mais manque t-il de séides et de meneurs tout prêts à le lui livrer ?

Voilà où nous a réduits la faiblesse du gouvernement ! Le peuple s’est découragé, les monarchistes de toutes les sortes s’enhardissent, et déjà notre République ressemble à un lion décrépit qui reçoit de toutes les dynasties le coup de pied de l’âne.

Peuple, veux-tu de nouveaux maîtres ou veux-tu rester libre ? Décide. […]

N’est-il pas clair qu’en ce moment tous les réactionnaires, légitimistes ou orléanistes, aisent au succès du prince-citoyen ? Ces habiles meneurs le connaissent pour ce qu’il est, pour une médiocrité politique, et tous prévoient qu’il ne tiendra pas au pouvoir. Mais son nom est populaire. En avant Louis-Napoléon Bonaparte, et de toutes leurs forces ils le pousseront pour qu’il fasse brèche à la République. Quand la brèche sera faite, le jeune homme tombera dans le fossé, et soudain vous verrez flotter à ciel ouvert la bannière d’Orléans ou le drapeau blanc d’Henri V. Voilà le plan du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée d’Antin. L’étourdi de Strasbourg et de Boulogne servira à leur préparer la voie. Il passera le premier portant sur le poing l’aigle impérial, et l’aigle sera plumé au profit du coq gaulois.

Déjouons toutes ces ruses. Que Louis Bonaparte ait la liberté de siéger à l’Assemblée nationale, et que le peuple évite le piège tendu à sa générosité. C’est aussi à titre de proscrit que ce prince est recommandé aux sympathies des masses ; il nous suffit que l’arrêt de la proscription soit révoqué. Mais quand bien même Louis Bonaparte serait victime, est-ce une raison pour que nous en fassions une idole ?

Peuple, ne saurais-tu donc que conquérir ta liberté et ne saurais-je jamais la conserver ? […] Le temps où nous vivons est rude, nous le savons, et fécond en épreuves ; mais le passé s’évanouira devant l’avenir.

Viennent donc tous les reliquats monarchiques, tous les résidus des générations de l’empire, de la restauration et du philippisme ; que ces fantômes d’époque irrévocablement closes, que les cendres de ces âges accomplis voltigent et tourbillonnent au milieu de nous pour corrompre la liberté, le peuple ne sera pas entamé. La simplicité de sa foi confondra l’intrigue, s’il le fallait, son bras s’appesantirait de nouveau sur les avortons de César, et le peuple, s’inclinant devant Dieu seul, dira aux nations qui le contemplent : je suis le PEUPLE-ROI. »

F. Delente et Emile Barrault. Le Tocsin des Travailleurs, 1ère année, n° 13, 13 juin 1848.

vendredi 23 juillet 2010

"C'est par l'exercice du pouvoir que l'opposition se modère" (Lefèvre-Pontalis, 1864)


"Affiche pour candidat officiel". Dessin extrait de : Léon Bienvenu (1835-1911). La dégringolade impériale : Seconde partie de "L'histoire tintamarresque de Napoléon III". 1878.


« A considérer l'histoire des différents régimes qui se sont succédé en France depuis cinquante ans, il semble que le gouvernement impérial a bien moins que tout autre le droit de se plaindre des partis hostiles. Il n'a pas eu à traverser les épreuves du gouvernement de la Restauration, héritant de nos désastres après les glorieuses victoires de l'Empire, renversé une première fois par la révolution militaire qui valut, hélas ! Waterloo à la France, et exposé pendant plus de dix ans, malgré la rigueur des condamnations judiciaires, à des conspirations sans cesse renaissantes, sans avoir suspendu, jusqu'à la veille de sa chute, le libre cours du gouvernement constitutionnel inauguré par la Charte. Il n'a pas été obligé, comme le gouvernement de 1830, de se défendre contre les coups de main des partis, les séditions révolutionnaires et les entreprises d'un prétendant, sans avoir jamais été tenté de se départir de la clémence, d'imposer silence à la discussion et de se servir d'autres armes que celles des lois. Il n'a pas été ballotté, comme le gouvernement de 1848, de secousse en secousse et d'écueil en écueil, sans avoir usé de la violence. Il n'a rencontré devant lui, depuis douze ans, ni les émeutes ni les factions.

Pour faire mesurer les dangers qu'il court, il en est heureusement réduit à se plaindre qu'un publiciste du parti démocratique, devenu député, ait eu l'audace de le prémunir contre le danger des révolutions qui peuvent se préparer à l'abri des ténèbres et du silence, en invoquant l'exemple des termites, "qui creusent sans bruit et qui rongent dans l'ombre." Pour faire reconnaître les inquiétudes que lui donnent les partisans des dynasties qui ont régné sur la France, il n'a pas eu de témoignage plus convainquant à invoquer, que le souvenir d'une réunion, dans laquelle les principaux hommes d'État des anciens gouvernements, volontairement éloignés depuis les événements de 1851 de toute participation aux affaires publiques, s'étaient posé la question de savoir s'ils prêteraient le serment "de fidélité à l'empereur et d'obéissance à la constitution," et avaient résolu de prendre cet engagement, auquel tous les candidats sont tenus de se conformer. […]

Nous ne nous dissimulons pas qu'en France, toutes nos révolutions ont laissé après elles, à côte des pieux souvenirs de la fidélité, le triste legs des mécontentements, des amertumes et des passions. Nous ne prétendons pas qu'il faille s'imaginer que les désirs et les espérances de désordre ne fermentent nulle part, et qu'il n'y ail plus à gouverner que des sages. Nous savons bien que l'intérêt même de la liberté exige un pouvoir fort, sûr du lendemain, et qui ne soit réduit ni à l'humiliation, ni à l'impuissance. Mais, sans vouloir contester au gouvernement les droits qui lui appartiennent, il convient de lui demander s'il trouvera jamais l'heure plus propice pour faire, de son côté, la part plus large à la nation, en traitant les électeurs en citoyens plutôt qu'en administrés. […] Il jouit, à l'intérieur du pays, de la pleine indépendance de ses mouvements, débarrassé de tous les obstacles, disposant à son gré de la liberté de la presse, n'ayant plus à porter le lourd fardeau des haines et des ressentiments qu'il a pu provoquer à son origine, fortifié par le concours de toutes les classes, satisfaisant aux sympathies des populations des campagnes, rassurant les intérêts des populations des villes, et considéré communément comme nécessaire par ceux mêmes qui sont le moins disposés à lui accorder leur préférence. […]

Il est donc temps de presser le gouvernement de renoncer à l'autorité prépondérante qu'il prétend exercer dans les élections. Vainement se retranche-t-il, pour la justifier, derrière le principe de la responsabilité du souverain : ce principe a été destiné, il est vrai, d'après le préambule de la constitution, à permettre à l'empereur "de faire appel au pays, dans les circonstances solennelles, pour que le pays, consulté, lui continue ou lui retire sa confiance." Mais, si cette théorie n'est plus mise en réserve pour les grands jours seulement, et si elle est employée tous les six ans comme un instrument vulgaire de politique électorale, c'en est fait des conditions d'un gouvernement monarchique et des conditions d'un gouvernement libre. Du moment où le choix des députés est représenté aux électeurs comme un acte de soumission ou d'hostilité à l'égard du souverain, les élections ne sont plus qu'un appel aux révolutions, et si elles donnent gain de cause à l'opposition, c'est le souverain qui est vaincu. Le pouvoir va ainsi au-devant de toutes les aventures, et compromet comme à plaisir la stabilité des institutions, de telle sorte qu'il finirait, à son insu, par déshériter le pays des avantages d'un gouvernement monarchique, sans lui assurer les avantages d'un gouvernement républicain. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y ait à prévoir, avec un tel système, que des dangers peut-être aussi lointains. Il y a un danger plus rapproché dont il faut tenir compte, et dont nous avons déjà fait l'épreuve, c'est la prétention du gouvernement à opposer la toute-puissance de l'empereur à la liberté du choix des candidats, en vue de dominer ainsi la contradiction, qui ne peut, en effet, être impunément soufferte, quand c'est contre la politique ou la volonté du souverain qu'elle paraît s'exercer. Il en résulte que ce sont les fonctionnaires investis de sa confiance ou de celle de ses représentants, qui sont chargés d'obtenir des électeurs leur obéissance au gouvernement, et que ceux-ci, au lieu d'être, à leur honneur, les serviteurs du pays, paraissent quelquefois disposés à s'en faire les maîtres.

Les élections de 1863 ont témoigné combien il était facile de glisser sur cette pente à pas précipités, et de se laisser aller à transformer, en quelque sorte, les désignations des candidatures officielles en décrets impériaux, dont l'exécution ne devait plus rencontrer aucune résistance. Il ne fallait rien moins qu'une déclaration de l'empereur pour faire reconnaître l'abus de cet envahissement de l'autorité souveraine ; et si les candidats continuent à être traités en amis et en ennemis du chef de l'État, il sera au moins permis d'invoquer, contre l'injustice d'un tel traitement, les paroles adressées, dans le dernier discours du trône, aux députés du nouveau Corps législatif : "vous m'avez tous prêté le même serment; il me répond de votre concours." […]

… Et n'est-ce pas l'intérêt du pays qui exige que l'accès du pouvoir reste ouvert à l'opposition, si elle venait, à son tour, à conquérir la majorité ? En effet, c'est par l'exercice du pouvoir que l'opposition se modère, et perd beaucoup de préventions à l'égard de l'autorité, en même temps que le parti mis légalement hors du pouvoir par l'opposition victorieuse apprend à moins se défier de la liberté, parce que la minorité ne peut s'en passer, au risque d'être opprimée. Tel est le régime dont s'accommodent aujourd'hui, avec plus ou moins de bon vouloir suivant les pays, presque tous les souverains de l'Europe, excepté en Russie et en Turquie. »

Germain Antonin Lefèvre-Pontalis, Les lois et les moeurs electorales en France et en Angleterre, Paris, M. Levy frères, 1864.