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dimanche 9 mai 2010

"D'enrichir notre patrie, nous devons être contents" (Gustave Nadaud, 1851)

http://www.youtube.com/watch?v=IHHNZ3omSFA


Les Impôts (1851*)
Bien que j'aie une patente,
Une femme et des enfants,
Je n'aime pas qu'on plaisante
Des impôts ; je le defends.
D'enrichir notre patrie
Nous devons être contents.
Augmentez-les, je vous prie,
Messieurs les représentants.

Mon voisin me scandalise
Par un luxe ruineux ;
Tous les jours, sous sa remise,
Roulent des chars orgueilleux,
J'entends dans son écurie
Hennir trois chevaux fringants
Imposez-les, je vous prie,
Messieurs les représentants.

Ma femme est assez jolie ;
J'en suis même un peu jaloux ,
Car elle aime a la folie
Les chats blancs et les chiens roux.
De cette ménagerie
J'abhorre les habitants
Imposez-les, je vous prie,
Messieurs les representants.

J'accueille dans ma boutique
Des jeunes gens pommadés;
Je ménage leur pratique,
Mais je crains leurs procédés.
Ils en veulent à Marie,
Et j'ai déjà quatre enfants
Imposez-les, je vous prie,
Messieurs les représentants.

Je ne bois que de l'eau claire;
Par goût, je ne fume pas :
Frappez le vin et la bière,
N'épargnez point les tabacs;
Seulement, l'épicerie
Souffre depuis bien longtemps.
Dégrevez-la, je vous prie,
Messieurs les représentants.

* Date indiquée dans : Gustave Nadaud (1820-1893), Chansons, Paris, Plon, 1867.

Dessin de Cham (1818-1879), Les Folies parisiennes : quinze années comiques 1864-1879 (1883).

"Nous en ferons des reliques..." (P.-J. Béranger, 1819)

"Nous en ferons des reliques", caricature de 1830.








Les Révérends pères

Air : bonjour mon ami Vincent ou Patati Patata

Hommes noirs, d'où sortez-vous?
- Nous sortons de dessous terre.
Moitié renards, moitié loups,
Notre règle est un mystère.
Nous sommes fils de Loyola ;
Vous savez pourquoi l'on nous exila.
Nous rentrons; songez à vous taire!
Et que vos enfants suivent nos leçons.

Refrain :
C'est nous qui fessons,
Et qui refessons
Les jolis petits, les jolis garçons.

Un pape nous abolit ;
Il mourut dans les coliques.
Un pape nous rétablit ;
Nous en ferons des reliques.
Confessons, pour être absolus ;
Henri IV est mort, qu'on n'en parle plus.
Vivent les rois bons catholiques !
Pour Ferdinand sept nous nous prononçons.


Et puis nous fessons,
Et nous refessons
Les jolis petits, les jolis garçons.

Si tout ne changeait dans peu,
Si l'on croyait la canaille,
La charte serait de feu,
Et le monarque de paille.
Nous avons le secret d'en haut :
La charte de paille est ce qu'il nous faut.
C'est litière pour la prêtraille :
Elle aura la dîme et nous les moissons.

Et puis nous fessons,
Et nous refessons
Les jolis petits, les jolis garçons.

Du fond d'un certain palais,
Nous dirigeons nos attaques.
Les moines sont nos valets :
On a refait leurs casaques.
Les missionnaires sont tous
Commis voyageurs, trafiquant pour nous.
Les capucins sont nos cosaques :
A prendre Paris nous les exerçons.

Et puis nous fessons,
Et nous refessons
Les jolis petits, les jolis garçons.

Enfin, reconnaissez-nous
Aux âmes dejà séduites.
Escobard va sous nos coups
Voir vos écoles détruites.
Au pape rendez tous ses droits
Léguez-nous vos biens et portez nos croix :
Nous sommes, nous sommes jésuites.
Français, tremblez tous ; nous vous bénissons !

Et puis nous fessons,
Et nous refessons
Les jolis petits, les jolis garçons.

Pierre-Jean Béranger, décembre 1819.

lundi 1 février 2010

"Les cinq étages" (Béranger, 1830)



Les cinq étages
Paroles : Pierre-Jean de Béranger (1830)

Air : Dans cette maison à quinze ans, ou J'étais bon chasseur autrefois

Dans la soupente du portier,
Je naquis au rez-de-chaussée.
Par tous les laquais du quartier,
A quinze ans, je fus pourchassée ;
Mais bientôt un jeune seigneur
M'enlève à leurs doux caquetages :
Ma vertu me vaut cet honneur,
Ma vertu me vaut cet honneur,
Et je monte au premier étage,

Là, dans un riche appartement,
Mes mains deviennent des plus blanches.
Grâce à l'or de mon jeune amant,
Là, tous mes jours sont des dimanches.
Mais, par trop d'amour emporté,
Il meurt. Ah ! Pour moi, quel veuvage !
Mes pleurs respectent ma beauté,
Mes pleurs respectent ma beauté,
Et je monte au deuxième étage,

Là, je trompe un vieux duc et pair,
Dont le neveu touche mon âme.
Ils ont d'un feu payé bien cher,
L'un la cendre et l'autre la flamme,
Vient un danseur nouveaux amours ;
La noblesse alors déménage.
Mon miroir me sourit toujours,
Mon miroir me sourit toujours,
Et je monte au troisième étage,

Là, je plume un bon gros Anglais,
Qui me croit veuve et baronne,
Puis deux financier vieux et laids,
Même un prélat : Dieu me pardonne !
Mais un escroc, que je chéris,
Me vole en parlant mariage…
Je perds tout, j'ai des cheveux gris,
Je perds tout, j'ai des cheveux gris,
Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier :
Des nièces me sont nécessaires !
Nous scandalisons le quartier,
Nous nous moquons des commissaires.
Mangeant mon pain à la vapeur,
Des plaisirs je fais le ménage.
Trop vieille, enfin, je leur fais peur,
Trop vieille, enfin, je leur fais peur,
Et je monte au cinquième étage.

Dans la mansarde, me voilà :
Me voilà pauvre balayeuse !
Seule et sans feu, je finis là
Ma vie au printemps si joyeuse.
Je conte à mes voisins surpris
Ma fortune à différents âges ;
Et j'en trouve encore des débris,
Et j'en trouve encore des débris,
En balayant les cinq étages.



"Etages du monde parisien". Composition de Bertall ; lithographiée par Lavielle pour "Le Diable à Paris" publiée chez Hetzel. Reprise dans L'lllustration du 11 janvier 1845 (p. 293).